La Casa del Mouradia

C’était il y a soixante ans, ma fille, l’an 2019 et dans le territoire déchaîné, il y avait un vendredi pour Dieu et un autre pour l’espoir. Alger garde, aujourd’hui encore, le parfum de ces jours fougueux, soixante ans, ma petite Lylia, quand l’odeur de la mer se mélangeait à celle des glycines, Nora, Nora, ton cœur égaré dans Alger ivre d’amour et de colère, il s’appelait Messaoud mais pour tout le monde il était Socrate Tabess Rassou, pour tout le monde, aurait si souvent dit ma grand-mère, sauf pour moi, pour moi il fut et restera mon petit Missou.

PRIX : 14 euros + 5 euros Frais de livraison Soit 19 euros

Extrait :

Pour nous qui vivons en 2080, cette révolte dont aucun manuel scolaire ne fait mention, fait partie d’un temps oublié, pourtant elle me semble toute proche, comme si j’y avais vécu, comme si j’y avais tété le lait de toutes ces femmes qui sortaient défier l’injustice, qui s’emparaient de la rue au nom du droit à la vie, à la justice et à l’amour. J’avais fini par partir à sa recherche là où elle pouvait être, dans le coeur des hommes, dans leurs souvenirs, dans des journaux jaunis par les années, dans des enregistrements vidéo, des espèces de films que l’on réalisait au moyen d’appareils aujourd’huidisparus, dans des comptes rendus de procès très médiatisés à l’issue desquels des mandarins de l’ancien régime furent lourdement condamnés ; j’ai aussi puretrouver des rapports d’écoutes que la justice avait mis à la disposition du public, et tous ces ingrédientsm’ont permis de raconter cette histoire en hommage aux ancêtres qui avaient enlevé, pour nous, les barrièresqui condamnaient à l’inertie. Cette révolte, ces hommes et ces femmes soudainement emportés comme parun rêve, réveillées à leur devoir de mieux vivre, quis’emparèrent de la rue au nom d’un droit au bonheur,je sais que nous sommes des millions à leur devoir laliberté qui nous entoure. Je voulais les connaître, cesâmes qui avaient porté pendant des mois, pour euxet pour ceux qui allaient naître, le poids de l’espoirhumain. Je les imaginais beaux et invincibles. Je ne lesai plus quittés, ils ne m’ont plus quittée non plus.Sans doute vous prendra-t-il, un jour, l’envie desavoir d‘où vous venez, alors vous trouverez un bout dela réponse dans cet écrit, roman d’une incursion dansun passé où surgissent encore, quelquefois, la nuit, lescris d‘un peuple qui avait terrassé le désespoir.

PRIX : 14 euros + 5 euros Frais de livraison Soit 19 euros

Des hommes et des femmes venus un matin devant la porte d’une prison, non pour sacrifier au rite de l’écrivain crucifié mais juste pour rappeler que la plume libre est la fille des hommes sans voix. Eux seuls y ont intérêt, n’ayant rien à gagner de l’obscurité et tout à espérer de la lumière.
Ils étaient venus nous redire que ce peuple, de tout temps trahi et abusé, a toujours eu besoin d’une solidarité aussi vaste que l’immensité de ses solitudes.
De ce pays humilié, j’appris très tôt, en effet, que le journalisme n’est qu’insurrection et que la gloire d’une plume est d’être traitée d’insurgée.

Novembre 54 et la faillite démocratique

12 € [Frais d’envois inclus]

 

Abdelhafidh Yaha et Hocine Ait Ahmed avaient fondé le FFS et repris le maquis en 1963 pour rétablir une anomalie : Novembre 54 avait apporté l’indépendance mais oublié la démocratie. Abdelhafidh Yaha et Hocine Ait Ahmed, ainsi que des milliers d’Algériens, ont estimé de leur devoir de se battre quelques années de plus pour achever l’indépendance soit synonyme de liberté. Comment et pourquoi Novembre 54 a-t-il oublié la démocratie ?

Les Editions Marguerite en partenariat avec Le Matin publient un livre qui fait parler des figures historiques, des intellectuels et historiens de renom.

12 € [Frais d’envois inclus]

La Mission

11 € [Frais d’envois inclus]

 

« La Mission est une satire qui entretient une vision complotiste de la politique. En s’opposant, en dénonçant, en protestant contre un certain ordre social, cette littérature de combat fait œuvre citoyenne. »

(Marie-Joëlle Rupp  – Le Soir d’Algérie)

« Avec ce livre, Mohamed Benchicou marque la campagne de la Présidentielle d’avril 2014 »   (Huffington Post)

«Je m’appelle Johanna !» m’avait-elle dit, alors que je reprenais à peine mes esprits après le langoureux baiser qu’elle venait de me donner. J’avais pensé que c’était à la fois osé pour une première rencontre et diablement surpayé pour le service que je venais de lui rendre. Je n’avais fait, après tout, qu’intercéder entre elle qui désirait un chocolat chaud et Balthazar qui s’entêtait à lui imposer une quiche au fromage de chèvre. Oui, mais Douglas avait découvert qu’elle ne s’appelait pas Johanna mais Tatiana, elle n’était pas Bruxelloise, mais nous venait d’Ukraine, et plus exactement de la ville de Lviv, cité historique connue pour son opéra et pour son enfant terrible : le milliardaire russe Mikhail Fridman, 17e fortune mondiale. Ce milliardaire, enrichi sous l’ère Eltsine, a fait partie de ceux que l’on a surnommés « Les banquiers du Kremlin». (…)

Je n’ai été amené à connaitre Tatiana que parce que l’attaque de Tigantourine est une affaire de fric, de luttes d’influence, de rivalités de pouvoirs, de toutes ces choses que l’on ne voit pas, dont on ne nous parle pas mais qui président à tout.

Même au quatrième mandat du président Bouteflika…

11 € [Frais d’envois inclus]

Journal d’un homme libre

18 € [Frais d’envois inclus]

 

Journal d’un homme libre, ce fut aussi un livre maudit, un livre persécuté : la ministre de la culture algérienne Khalida Toumi (1) l’avait censuré dès sa parution. Il est sorti quand même à Alger clandestinement et, en France, il parut aux éditions Riveneuve.

Mohamed Benchicou y retrace les deux années qui ont suivi sa libération, sa vie en Algérie de juin 2006 à juin 2008 et les multiples rebondissements de la lutte des clans autour du troisième mandat pour Bouteflika, dévoilant les enjeux , les tractations secrètes, les gages donnés aux islamistes, l’implication des puissances occidentales et, notamment, de la France de Sarkozy dont il dénonce avec vigueur la politique étrangère, égratignant au passage Jean Daniel, rédacteur en chef du Nouvel Observateur, quelques uns de nos media nationaux, ainsi que certains de ses confrères algériens.

Mohamed Benchicou éclaire de ses projecteurs la «Joumloukia»(Républimornarchie) démocratique populaire d’«Aligatorie», avec ses notables corrompus, son «Grand Vizir Yazer» (le ministre de l’intérieur Yazid Zerhouni), ses intrigants, «Abdul le Persan» (Abdelaziz Belkhadem, chef du gouvernement de mai 2006 à juin 2008) et «Ahmed P’tit Cobra» (Ahmed Ouyahia, Secrétaire national du Rassemblement Démocratique National, un des partis de la coalition gouvernementale, qui succèdera à A. Belkhadem après l’avoir précédé…) et «son roitelet Kaiser Moulay» (le Président Abdelaziz Bouteflika).

Il nous fait assister au spectacle de la lutte des «Frères Ali Gator» qui occupent le «Territoire» depuis l’indépendance, guerre fratricide entre deux tribus : celles des «Têtes-képi» et des «Têtes-nue». Combat répété et inégal car «c’est la tribu des Têtes-képi qui dirige le territoire, la mer et surtout le désert, à cause des derricks» et si ,«pour sacrifier à la mode démocratique , la tribu des Têtes-képi donne procuration à des Têtes-nue», elle en a «toujours un en réserve», quand l’un d’entre eux tente de s’affirmer…

Et l’auteur dénonce avec virulence la dictature, comme fille du colonialisme et mère de l’intégrisme, pensant que la seule alternative se profilant à terme, pour l’Algérie sera la dictature islamiste ou la démocratie. C’est pourquoi il poursuit son combat pour cette dernière, puisant espoir dans ce peuple qui, excédé, commence, sporadiquement, à renoncer au silence de la peur pour se révolter et crier «barakat !» (ça suffit) , le cri des misérables qui veulent une autre vie.

Le livre est assez long, mais sa lecture est facilitée par la blancheur agréable du papier et la respiration apportée par les nombreux chapitres qui semblent plus correspondre à un souci d’aérer le texte qu’à une rigueur proprement thématique ou même chronologique. Récits circonstanciés et anecdotes touchantes ou amusantes alternent avec diatribes enflammées et incantations, réflexions et citations, sans éviter quelques répétitions.

A l’attrait du contenu, pour qui s’intéresse à la politique et à l’Algérie, s’ajoute celui d’un style littéraire, inhabituel dans ce genre d’exercice. On se laisse prendre à cette prose alliant la verve populaire d’un «gavroche» à un souffle poétique, métaphorique, cultivant de manière récurrente le champ sémantique de l’ombre et de la lumière avec des accents parfois «hugoliens».

Et l’auteur, s’interrogeant sur «le mystère de la connivence» qui le lie aux «gens humbles de sa terre», dont beaucoup ne savent pas lire, revendique cette «langue à lui», ce Français «torsadé» qui lui permet de dire «les espoirs et les rêves» de son peuple grâce aux «paraboles universelles de la poésie».

Dans Journal d’un homme libre, Mohamed Benchicou, «Ami Moh», se veut le «porte-parole des sans voix», de ceux qui sont rejetés dans l’ombre de leur misère, de leur tombeau ou de leur prison.

«On ne sort jamais de prison» lui disaient ses codétenus, mais c’est plutôt l’auteur qui les sort de leur geôle. Leur présence, en effet, l’accompagne physiquement tout au long du livre et il dialogue avec eux , comme avec ces journalistes et ces écrivains assassinés et avec la foule des humbles dont il saisit les mains ou croise le regard.

Car Mohamed Benchicou semble avoir besoin de leur caution pour accomplir sa mission, pour écrire son livre.

Et ce dernier débute ainsi par la scène émouvante de sa sortie de la prison d’El Harrach où il découvre «ces centaines d’hommes aux visages brûlés par les épreuves, ces femmes au regard résolu», qui «l’attendaient depuis l’aube»,venus le remercier «d’avoir payé» en donnant deux ans de sa vie, venus «donner à sa plume l’investiture de la rue et des masses.»

«La plume libre est la fille des hommes sans voix. Eux seuls y ont intérêt, n’ayant rien à gagner de l’obscurité et tout à espérer de la lumière.»

L’avis du site « L’or des livres »

« C’est à la fois le livre d’un journaliste «impertinent» et «porteur de lumière» et celui d’un écrivain mettant en scène la «comédie du pouvoir», avec «ses figurants, ses acteurs principaux et ses souffleurs», «théâtralisant le malheur» en utilisant le «génie de la plèbe algéroise», la «noukta»(l’humour) et «la caricature des despotes» pour s’exonérer de «l’insoutenable déshonneur d’apitoyer». »

Auteur Mohamed Benchicou
Editeur Alger : compte d’auteur ; France : Riveneuve
Date de parution 08/01/2009
ISBN 2914214561
EAN 978-2914214568
Illustration Pas d’illustrations
Nombre de pages 255
18 € [Frais d’envois inclus]

Notre ami Bouteflika

13 € [Frais d’envois inclus]

 

Ouvrage collectif réalisé sur la direction de Mohamed Benchicou. Avec des textes de : Abdelaziz Rahabi, ancien ministre, Djilali Hadjdadj, président de l’Association de lutte contre la corruption, Ali Yahia Abdenour, président de la Ligue des droits de l’Homme,  Hassan Zerrouky, Mustapha Hammouche, Fayçal Metaoui…Dessins de  HIC.

C’est toute l’histoire d’un stratagème, d’une formidable opération de camouflage et de travestissement, orchestrée conjointement par la caste militaire d’Alger, des capitales occidentales – à leur tête Paris – et des monarchies arabes qui, chacune pour ses secrètes ambitions, vont fabriquer de toutes pièces, ce 15 avril 1999, ce personnage factice qui allait duper le monde pendant dix ans, stopper l’élan novateur de la société algérienne et faire le lit d’une kleptocratie, un pouvoir de malfrats, qui dirige aujourd’hui un Etat perverti, vide le pays de sa richesse et se livre aujourd’hui une guerre de gangs. « Janvier 2010, Alger est devenue le Chicago des années 1930 », annoncent d’emblée les auteurs.

« Le chef de la police est abattu dans son bureau. Qui l’a tué ? » « Affaire de clans », dit-on à Alger. Le sang mêlé aux affaires d’argent sale», selon les auteurs qui dénoncent le « détournement de milliards d’euros blanchis dans l’immobilier dans les quartiers chics d’Alger, de Paris et Barcelone ».

« Un Etat voyou ! Comment en est-t-on arrivé là ? », s’interrogent-ils, avant de déplorer que pendant dix ans, le pouvoir algérien a dupé le monde, stoppé l’élan novateur de la société algérienne et faire le lit d’une kleprocratie. « Un pouvoir de malfrats, qui dirige aujourd’hui un Etat perverti, vide le pays de sa richesse et se livre aujourd’hui une guerre de gangs ».

Editeur Riveneuve

Date de parution 07/07/2010

ISBN  9782360130214

EAN   978-2360130214

Illustration : Hicham

Extrait 1

Janvier 2010.

Le chef de la police est abattu dans son bureau.

Qui l’a tué ? « Affaire de clans », dit-on à Alger.

Le sang mêlé aux affaires d’argent sale. Le ministre de l’Énergie, celui des Travaux publics, celui de la Santé, ou encore l’ex-président de l’Assemblée nationale, tous « amis du président », sont gravement mis en cause dans des affaires de détournement de milliards d’euros blanchis dans l’immobilier dans les quartiers chics d’Alger, Paris et Barcelone.

Un Etat voyou !

Comment en-est-on arrivé là ?

C’est toute l’histoire d’un stratagème, d’une formidable opération de camouflage et de travestissement, orchestrée conjointement par la caste militaire d’Alger, des capitales occidentales – à leur tête Paris – et des monarchies arabes qui, chacun pour ses secrètes ambitions, vont fabriquer de toutes pièces, ce 15 avril 1999, ce personnage factice qui allait duper le monde pendant dix ans, stoppé l’élan novateur de la société algérienne et faire le lit d’une kleptocratie, un pouvoir de malfrats, qui dirige aujourd’hui un Etat perverti, vide le pays de sa richesse et se livre à une guerre de gangs.

Extrait 2

Pourquoi un livre sur Bouteflika puisque l’auguste ne fait plus rire et que la salle est vide ?

Parce que cette histoire, ils ne la raconteront pas.

Ou alors, à leur façon.

Ils diront : « C’est ainsi ! C’est le sud… »

Ils expliqueront, la main sur le cœur, en invoquant Dieu et parfois les prophètes, ils expliqueront que Bouteflika, c’est le symbole de l’échec du projet républicain sur la rive sud de la Méditerranée et qu’il nous faut nous résigner à notre impuissance.

Pourtant, il y a dix ans, ils avaient décrété ce qui est bien pour nous.

Un civil à la place d’un pouvoir militaire.

Un civil providentiel, gage de démocratie, d’une République moderne, une République comme on en montre à la télévision justement, avec de belles femmes, la joie de vivre, la souveraineté populaire, le travail pour tous, l’État de droit, le savoir, la culture, l’alternance au pouvoir… La liberté. La liberté de parler, d’aimer, de marcher la nuit, la grâce d’exister…Comme à la télévision. Un président civil et tu passes d’une dictature à une démocratie ! Vraiment ? Mais oui, puisqu’on te le dit !

Les messieurs qui parlent la main sur le cœur, qui invoquent toujours Dieu, parfois les prophètes, ces messieurs puissants ne pouvaient pas mentir et on les a crus…

Extrait 3

Nous sommes en 1998. L’Algérie est en train de se relever, laborieusement mais triomphalement, d’une bataille impitoyable contre le terrorisme islamiste. Le coût en vies humaines est énorme, Les temps sont durs. Le pétrole est à son plus bas niveau. Le pays est boycotté. Les ambassades ont fermé. Les compagnies étrangères ont quitté le territoire. Il n’y a plus d’argent dans les caisses. Mais l’Etat, en dépit de tout, reste debout et n’a pas capitulé devant l’islamisme comme le recommandait la plateforme de Sant Egidio . Le général Liamine Zéroual est élu massivement, et avec enthousiasme, malgré les mises en garde de l’organisation terroriste, le GIA, qui menaçait de s’en prendre aux citoyens qui se rendraient aux urnes. La Constitution est modifiée pour se baser désormais sur le pluralisme et la représentativité, essentiels pour s’engager dans un processus de transition démocratique. Elle abolit le pouvoir à vie et limite le nombre de mandats présidentiels à deux (art.74).

Tout est encore loin d’être parfait. Les élections présidentielles de 1995 peuvent difficilement être créditées des caractères de liberté et d’honnêteté qu’exigent la Constitution et les résolutions des organisations internationales.

Il reste que cette Algérie retrouve goût à la grandeur et courtise la démocratie.

La lutte contre l’intégrisme islamiste a redonné une nouvelle légitimité au combat populaire.

Ce pays qui ose l’intransigeance et dont le président Zéroual refuse de serrer la main à Chirac à Washington, inquiète les lobbies occidentaux et arabes.

Un complot international d’émasculation de l’Algérie va voir le jour, qui va faire démissionner Zéroual et livrer le pays à Abdelaziz Bouteflika.

Il a réussi.

13 € [Frais d’envois inclus]

La parfumeuse

19 € [Frais d’envois inclus]

 

L’histoire d’amour entre un garçon de Tlemcen et une jeune fille de Lorraine qui rêvait de devenir une autre Coco Chanel mais qui restera, dit Mohamed Benchicou, pour nous Algériens, la femme sans laquelle rien n’aurait été possible, ni l’Etoile nord-africaine, ni le PPA, ni tout ce qui est venu après. Bref, une histoire que ne raconteront pas les historiens parce qu’elle échappe à la raison, aux rigueurs de l’esprit et aux chronologies froides.

Emma, la compagne de Messali Hadj, entre dans le roman en fin de vie, victime d’un accident cardio-vasculaire, clouée sur sa chaise, dans un jardin à l’abandon, parlant à son chat, un chat de gouttière recueilli, seule, avec sa fidèle mulâtresse, dans la solitude de sa maison désertée de Bouzaréah, à Alger. Le roman se veut un voyage à la fois émouvant et instructif dans le parcours atypique de cette Lorraine qui sait ce que veut dire «aller au charbon». Il est construit, rythmé sur les trois derniers jours d’Emma de l’hiver 1953 qui cadrent les chapitres eux-mêmes composés de courtes parties dans lesquelles le présent, le passé, l’espoir et le désespoir, la lutte et les trahisons, la vie et la mort, cœur palpitant du récit. Plus qu’une biographie romancée qui, souvent, se plie à la chronologie historique, le récit, par la voix d’Emma, bouleverse le temps entre une succession de courts flash-back mêlant l’histoire intime de ce couple qu’on eût cru étrange, surprenant même, et l’histoire moderne et palpitante d’un pays, l’Algérie qui naît, dans cette union, dans une mansarde d’un quartier pauvre de Paris, Père Lachaise. 1953 : dimanche 20 septembre, mardi 22 septembre et mercredi 23 septembre. Ces trois jours, les derniers d’une vie entièrement vouée à la cause de l’indépendance de l’Algérie, dans ses balbutiements, ses tâtonnements, ses errements au sein de l’Etoile nord-africaine avant de se libérer, prendre son envol, s’affirmer, dans une Europe ravagée par le fascisme, non seulement foncièrement antifasciste et anticoloniale, mais surtout revendicative de la libération de l’Algérie du joug colonial. Le geste paysan de Messali jetant une poignée de terre au dessus de l’assistance, à Alger, début des années 1930, rendu dans sa pleine symbolique par une brève parole prophétique. «Cette terre n’est pas à vendre», a été si puissant par sa symbolique qu’il a frappé les esprits et trouvé sa puissance de frappe dans le texte fondateur du Manifeste du parti du peuple algérien auquel le pharmacien de Sétif, Ferhat Abbas a souscrit, reconnaissant auprès de Messali Hadj ses erreurs quand bien même elles seraient justifiées par Le Contrat social de Rousseau par l’esprit duquel se défend le futur président du GPRA, trahi lui aussi aux premières heures de l’indépendance. Mais cette Etoile, ce «geste fort», ce Manifeste, vidés de leur substantifique moelle, déshumanisés en quelque sorte par l’histoire, morts pour ainsi dire dans les archives, retrouvent dans ce roman leur épaisseur humaine car ils (re)naissent de leurs cendres, dans la passion primesautière de deux exlus de leurs pays respectifs, qui eurent été broyés par la survie alimentaire, exploités comme des forçats, anonymes. Si Emma, une Lorraine élevée dans la suie du charbon paternel, parmi les mineurs maghrébins, si Hadji exilé, débarqué à Paris, de Tlemcen, dans un accoutrement clownesque, l’air gauche, couvant une enfance maladive et tardive, dans cet appartement d’une ancienne amie de la famille du nouvel émigré sans pays, ne s’étaient reniflés, Emma plus que Hadji, à l’ancienne, sans effusion de sentiments, de déclarations d’amour, mais plutôt dans un jeu d’aimantation secret, irrésistible, de leurs territoires respectifs qui ne font qu’un, fait d’exploitation, de misère, d’exclusion, mais aussi d’une prise de conscience aiguë de cette condition infra humaine qui n’est point une fatalité. Mais ils ne sont pas venus à l’histoire dans un duo à armes égales, comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Aragon et Elsa, Bachir et Lucette Hadj-Ali (mais qui sait en l’absence de leur vérité enfouie dans leur vie secrète respective ?) Si le roman historique humanise, histoire des trajectoires de leaders, d’icônes, de chefs charismatiques, il les révèle, aussi, à rebours de leur mythe.

Un roman attachant, vrai, dans lequel Messali Hadj n’est pas qu’un personnage historique. Il revit dans un territoire féminin, celui d’Emma et dans un autre territoire tout aussi féminin : l’indépendance de l’Algérie. Il revient, 50 ans après l’indépendance du 5 juillet 1962 qu’il réclamait 40 ans plus tôt, emboîtant le pas à l’ancêtre Belaïd dans Le Mensonge de Dieu, dont il semble partager la sentence : se battre pour la patrie, garantit-il la liberté ? Sur le plan purement esthétique, l’évolution des évocations d’Emma va d’une épaisseur émotionnelle remarquable de densité à une sorte de chroniques épistolaires dans lesquelles l’histoire reprend ses droits.

La Parfumeuse, la vie occultée de Madame Messali Hadj » est une biographie romancée du journaliste et écrivain Mohamed Benchicou consacrée à la femme du père du nationalisme algérien Messali Hadj, Émilie Busquant déjà présente dans son roman « Le Mensonge de Dieu »

Combien d’Algériens connaissent-ils Émilie Busquant ? Combien savent-ils qu’Emilie Busquant fut l’épouse de Messali Hadj, tenu pour être le père du nationalisme algérien, qu’elle est considérée comme la mère du drapeau algérien ? Dans les manuels scolaires, dans l’Histoire officielle, Émilie Busquant n’existe pas. Tout comme était banni son mari pendant des années de cette Histoire lui qui n’obtiendra sa nationalité algérienne qu’en 1965, trois après l’indépendance du pays. DNA publie les bonnes feuilles du roman de Mohamed Benchicou consacré à Émilie Busquant.

C’est à la vie de cette femme, de cette amante, de cette mère de deux enfants, de cette lorraine d’origine devenue militante de la cause algérienne que s’est intéressé le journaliste et écrivain Mohamed Benchicou pour en tirer un roman-enquête au titre « La Parfumeuse, la vie occulte de Madame Messali Hadj« .

Fille d’un mineur et syndicaliste en Lorraine (nord-est de la France), vendeuse au rayon « Parfumerie et objets pour dames » aux Magasins Réunis, l’un des plus anciens magasins de parfumerie à Paris, Émilie Busquant rencontre Messali Hadj en octobre 1923.

Lui, travaillant comme manœuvre à l’usine de la rue de Vitruve, avait 24 ans, elle 22 ans. Entre eux, du moins pour Messali Hadj, ce fut le coup de foudre immédiat.

De cette française qui tissa les fils de sa vie avec le jeune homme originaire de Tlemcen, Messali Hadj dira dans ses Mémoires qu’ »elle était née dans une région de France fiévreuse révolutionnaire et patriotique à la fois et avait partagé avec les membres de sa famille le sort d’un prolétariat exploité et humilié »

La vie de celle que Mohamed Benchicou surnomme « La Parfumeuse » se confondra avec le militantisme de son mari. Émilie participera avec Messali Hadj, Amar Imache et Salah Bouchafa et bien d’autres militants algériens à la création de l’Etoile Nord-africaine (ENA) à Paris en 1926, le premier mouvement nationaliste à revendiquer l’indépendance de l’Algérie alors colonie française depuis 1830.

Elle rédigera avec son mari le Mémoire de l’Etoile destiné à la Société des Nations en janvier 1930, participera à de nombreuses manifestations en Algérie et en France et organisera la défense de Messali pour ses nombreux procès en 1934, en 1937, en 1939 ou en 1941.

C’est Émilie Busquant qui coudra en 1929, à Tlemcen, le premier drapeau algérien, avec le tissu blanc et vert, le croissant et l’étoile aux couleurs rouges. Mais les historiens divergent sur cet épisode de l’histoire et certains doutent qu’elle soit la mère du drapeau d’Algérie. Pas Mohamed Benchicou. « Ce drapeau, écrit Benchicou dans La Parfumeuse…, elle l’avait voulu aux couleurs de cette organisation nationaliste révolutionnaire à laquelle elle avait déjà pensé chez Gégène, un parti qui soit à cheval sur la Révolution française, la Commune et l’islam : le rouge des insurgés de 1789 et du sang des communards, du Maghreb aussi, le vert et le croissant de l’islam

Dans un style narratif assez classique, gorgé d’aller-retour entre le présent (1953, l’année de sa mort) et le passé (les années folles du combat et de l’amour), Mohamed Benchicou aborde subtilement plusieurs problématiques à travers le parcours d’Emilie. La condition de la femme y tient une place importante, notamment par le biais du conservatisme anecdotique qui marquait le Paris des années 1920, mais aussi une certaine misogynie qui prédominait au sein même du PPA : «La postérité est une affaire d’hommes, presque jamais de femmes !»

Cela nous rappelle surtout qu’hormis quelques-unes, les femmes ayant combattu le colonisateur ont été non seulement oubliées mais aussi trahies par ce qu’allait devenir l’Etat indépendant dont les lois consacraient la misogynie et l’infériorisation du «sexe faible». La filtration de l’Histoire est également mise en cause dans ce roman qui déterre un personnage passionné et passionnant si injustement enseveli par le récit officiel. Enfin, on a l’occasion de découvrir Messali sous un autre jour : cet homme austère et dégageant une aura de patriarche nous est présenté comme un garçon amoureux, timide et fébrile.

«La Parfumeuse» est à la fois violent et doux, revendicatif sans en donner l’air, douloureux et extatique ; il se vêtit d’un  étendard multicolore où l’amour devient indissociable de la soif de liberté et où la vérité est toujours subjective. On retiendra, malgré quelques longueurs et redon-dances, un aspect esthétique irrésistible distillé dans des figures de style et des envolées lyriques très savoureuses. On se souviendra surtout de cette belle phrase d’Emilie, interrogée sur com- ment elle imaginait l’indépendance :

«Je l’imaginais aussi insolente qu’un  mollet de femme… ou une toile de Chagall… ou une cuite avec Henri Miller à La Coupole !»

19 € [Frais d’envois inclus]

Bouteflika : une imposture algérienne

20 € [Frais d’envois inclus]

 

Comment ne pas penser à L’Automne du patriarche de Garcia Marquez, où est décrit te monde de la dictature à la sud-américaine ? Cupidité, soif maladive du pouvoir, abus sexuels, telles sont les caractéristiques du pouvoir des tyrans. Mais dans ce document, nous sommes bien loin de la cocasserie et de la jubilation du roman colombien. Peut-être qu’à l’avenir, ce livre prendra une dimension burlesque s’agissant des aventures de « L’enfant adultérin d’un système grabataire et d’une démocratie violée ». Pour l’heure, il a des résonances tragiques,’car il s’agit de l’avenir et de la dignité nationale de l’Algérie. Plus qu’une charge contre Abdelaziz Bouteflika, L’auteur établit une chronique du temps perdu dans la recherche d’un destin national digne des innombrables sacrifices du pays.

Il dénonce avec force autant l’arlequin transformé en héros que le système, porté par des parrains aux biographies falsifiées, qui l’a mis sur scène.
Ce livre a le courage du combat mené à visage découvert. Mohamed Benchicou ne s’attaque pas à un prince déchu. Il brandit la braise de son indignation morale et de sa colère de citoyen à la face du « maître » de l’heure, tandis que ce dernier se réclame de l’amitié des puissants de ce monde, de la légitimité d’un scrutin tronqué, use de la puissance persuasive des milliards d’une cagnotte nationale détournée et de la force dissuasive d’une justice réduite au triste rôle de geôlier auxiliaire. Oui, ce livre est véhément et sans concessions ! Mais il est surtout précis et documenté. Il repose sur des écrits, des témoignages et des documents indiscutables car authentiques.

Auteur  Mohamed Benchicou

Editeur  Le Matin/Picollec

Date de parution     24/03/2004

Format  16cm x 24cm

ISBN   2864772086

EAN    978-2864772088

Nombre de pages 244

20 € [Frais d’envois inclus]

Les geôles d’Alger

13 € [Frais d’envois inclus]

 

Nul doute que le lecteur découvrira avec effarement le misérable traquenard tendu à Mohamed Benchicou à l’aéroport d’Alger, pour lui imputer une infraction au contrôle des changes et en faire un délinquant de droit commun. Ubuesque montage ! Rien ne tenait. Aucun juge digne de ce nom ne pouvait avaliser la grossière mascarade. Mais une expérience séculaire démontre qu’une magistrature vautrée trouve toujours dans son sein les canailles prêtes à se prostituer au pouvoir pour obtenir quelque promotion. De ce point de vue, le récit qu’on va lire atteint à un triste comique courtelinesque avec les affres du peu honorable procureur Bouzid annonçant à Benchicou, au gré des successifs et contradictoires coups de téléphone reçus en sa présence de divers ministères, qu’il dormira le soir même en prison ou retrouvera au contraire sa femme et ses enfants. Plus infamante pour les juges que pour les prévenus, une condamnation à deux ans de prison sanctionnera Mohamed Benchicou. Dans la foulée, le pouvoir liquidait le Matin et mettait ses locaux en vente. «Aujourd’hui encore, écrit magnifiquement son fondateur directeur, je pense que sa disparition dans l’honneur apporte plus à la cause de la liberté qu’une existence dans l’indignité.»

On dira que le journal l’avait bien cherché. C’est vrai. Sa manie de dénoncer les tortures perpétrées, parfois sur des adolescents, par la police ou la gendarmerie, avec cette circonstance aggravante que les poursuites en diffamation échouaient tant les faits étaient avérés… sa continuelle prise à parti d’affairistes et de corrompus que les juges les plus bienveillants échouaient à blanchir… «Porter la plume dans la plaie» : ainsi Albert Londres définissait-il le devoir du journaliste. Les plaies ne manquent pas sur le corps de la malheureuse Algérie et le Matin les fouaillait avec alacrité et insolence, sans aucun souci de prudence (« l’ivresse indomptable du jeteur de pavé », avoue Mohamed Benchicou). C’est sans doute ce qui lui valait l’adhésion d’un lectorat aussi large.

L’impardonnable fut la publication, à la veille de la seconde élection présidentielle que devait remporter Abdelaziz Bouteflika grâce à une remarquable manipulation de ses opposants, d’un pamphlet écrit par Mohamed Benchicou et sobrement intitulé Bouteflika, une imposture algérienne . L’auteur décida que son brûlot serait imprimé et distribué en Algérie. Il raconte ici comment il réussit l’exploit remarquable de tromper toutes le polices, pourtant sur les dents. C’était une grande première au Maghreb. Car si des livres peu amicaux pour le roi Hassan II et le dictateur tunisien Ben Ali avaient déjà été publiés, leurs auteurs étaient français et les ouvrages étaient imprimés en France ( ah ! L’immense gène de ces auteurs quand leurs compatriotes, peu au fait des réalités maghrébines, les félicitaient avec émotion pour leur «courage»… ils savaient bien, eux, ne risquer dans l’aventure ni leur vie, ni leur liberté, alors que, sur l’autre rive de la Méditerranée, leurs confrères payaient au tarif le plus élevé le prix du vrai courage.)

Mohamed Benchicou se serait- il borné à évoquer la vie de son journal et la sienne, d’ailleurs indissolublement liées, que son écrit serait déjà amplement justifié. Mais il nous donne, avec les geôles d’Alger, un témoignage de beaucoup plus vaste ampleur. Dépassant avec générosité ses vicissitudes personnelles, il jette un coup de projecteur sur l’Algérie d’aujourd’hui, celle dont parle si rarement la presse internationale. Son champ d’observation ? Le terrible pénitencier d’El-Harrach, où il purgea sa peine, construit par la France qui y enfermait ses rebelles, utilisés par tous les gouvernements algériens ultérieurs, notamment le colonel Boumedienne, qui en fit un centre de torture renommé. Toujours et partout, la prison est un microcosme révélateur de l’état réel d’une société. Impossible, par exemple, de comprendre les Etats-Unis d’aujourd’hui si l’on ignore leur innombrable population carcérale et le décompte de cette population selon la couleur de la peau, l’origine sociale, le degré d’éducation, et le revenu moyen. El-Harrach, qui dresse ses hauts murs dans la banlieue d’Alger, sert de dépotoir à une jeunesse saccagée, privée de toute espérance, à des prisonniers qui, faute de pouvoir verser au juge le bakchich salvateur, croupissent dans des geôles innommables et à qui sont refusés les soins les plus élémentaires.

Auteur Mohamed Benchicou
Editeur INAS/Riveneuve
Date de parution 10/11/2007
ISBN 2914214316
EAN 978-2914214315
13 € [Frais d’envois inclus]