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Novembre 54 et la faillite démocratique

12 € [Frais d’envois inclus]

 

Abdelhafidh Yaha et Hocine Ait Ahmed avaient fondé le FFS et repris le maquis en 1963 pour rétablir une anomalie : Novembre 54 avait apporté l’indépendance mais oublié la démocratie. Abdelhafidh Yaha et Hocine Ait Ahmed, ainsi que des milliers d’Algériens, ont estimé de leur devoir de se battre quelques années de plus pour achever l’indépendance soit synonyme de liberté. Comment et pourquoi Novembre 54 a-t-il oublié la démocratie ?

Les Editions Marguerite en partenariat avec Le Matin publient un livre qui fait parler des figures historiques, des intellectuels et historiens de renom.

12 € [Frais d’envois inclus]

De la soudaine perpléxité de Mme Bitat à la plaisanterie de Mme Hanoune

C’est avec une humeur maussade que Mme Zohra Drif nous rappelle ce privilège des survivants de pouvoir disposer du prestige des morts :  « Il est hors de question alors que nous sommes, nous Moudjahidin en vie, d’accepter que soit bradé notre pays ! » La dame, qui cumule avec bonheur les honneurs du passé et les ambiguïtés du présent, aura su, une fois de plus, émouvoir moins par la sincérité de ses propos que par l’énormité de ses désaveux :  » On est en train de vivre un abandon caractérisé de la souveraineté nationale et de l’indépendance du pays. Il faut que le peuple sache quelle est la nouvelle politique du président Bouteflika. » Nouvelle ? L ‘ancienne moudjahida de la Bataille d’Alger informe ses compatriotes de ce qu’ils savent déjà depuis bien longtemps! Elle semble découvrir, avec quelques décennies de retard, une réalité qu’elle a souverainement ignorée et, disons-le, contribué, sans le vouloir, à travestir : la stratégie du pouvoir, depuis 1999, est bâtie exclusivement sur la consolidation des conditions politiques du pouvoir à vie avec tout ce que cela suppose de mépris des institutions nationales et de marchandages du soutien de quelques capitales occidentales et quelques monarchies arabes. La Moudjahida ne s’explique pas ce soudain asservissement de l’Algérie à des intérêts privés et étrangers. Et si ce n’était que la conséquence directe du démantèlement du DRS, c’est-à-dire de l’élimination, avec l’appui de forces étrangère, du seul contre-pouvoir à Bouteflika à l’intérieur du système ? Le chef de l’Etat, débarrassé de cet adversaire qui a contrarié bien de ses plans, est désormais libre de s’adonner à sa politique anti-nationale au grand jour. Parmi les décisions anti-nationales avortées, le projet de cession de Naftal aux quataris. Dans les documents qu’a pu se procurer El-Watan, l’ancien ministre algérien de l’énergie proposait aux Qataris rien moins que de leur céder les nouvelles stations-service de l’autoroute Est-Ouest après leur « rôdage » par l’entreprise algérienne Sonatrach. Chakib Khelil écrit, en effet : « La gestion de ces stations- service sera assurée dans un premier temps par Sonatrach durant moins de deux ans. Après cette période, nous ferons en sorte que les infrastructures réalisées soient transférées pour le bénéfice de votre groupe par le biais d’un avis d’appel d’offres international selon les termes et les conditions que nous avons déjà décidés. Etant convaincu de la réussite de cet important projet, nous resterons toujours prêts à vous assister dans des projets que vous désirez mettre en œuvre». Autrement dit : « Venez faire des affaires avec notre propre argent ! » Cette conception peu glorieuse  de gérer l’économie de l’Algérie s’était élargie, rappelons-le, à la dilapidation de notre principale richesse, le pétrole. Le bradage de Naftal que se préparait à fomenter Chekib Khelil  s’intégrait dans une vaste stratégie de démantèlement de Sonatrach, lui-même entrant parfaitement dans le cadre d’une démarche plus vaste :  asservir l’Algérie aux appétits de l’affairisme étranger, qu’ils soient occidentaux ou arabes. Et le président, dans tout cela ? Des correspondances de Khelil datant de 2008 et 2009,  sont édifiantes :

«Nous vous garantissons que le projet démarrera sous l’égide de notre président de la République Abdelaziz Bouteflika et qu’une attention particulière est réservée à ce projet, écrit Chakib Khelil aux Qataris. La politique économique de notre ami le président Abdelaziz Bouteflika est consistante et nous donne des garanties pour la réussite de l’implémentation de notre projet. C’est ce que nous avons déjà  déclaré à votre émissaire et ce que notre ami mutuel vous a fait remarquer. Nous serons bientôt en mission à Genève (Suisse) et pourrons vous rencontrer si vous êtes disponible.»

Aussi n’y-a-t-il pas, Madame, de « nouvelle politique » de Bouteflika ; il y a juste un contexte politique qui a changé par le démembrement du DRS et qui donne au chef de l’Etat la liberté d’action qu’il ne possédait pas.  L’homme conduit désormais une politique d’asservissement à des lobbies nationaux et étrangers sans personne pour le contrarier ! Voilà pourquoi, madame, vous parlez de « décisions prises au cours de ces derniers mois et qui nous paraissent absolument incompatibles avec le président Bouteflika que nous avons connu ».

Le reste relève de la fable et de la petite tactique politicienne. Ainsi, et bien que l’on a fini par renoncer à savoir, avec Louisa Hanoune, où finit la plaisanterie et où commence la politique, l’on reste ébahi devant l’inventivité du Parti des travailleurs dont la toute dernière performance a consisté à parler d’une tentative de coup « d’État politique » contre le président Bouteflika, un pronunciamiento qui serait fomenté pour les intérêts de « l’oligarchie » (ce qui est sans doute le cas), par deux ou trois intrigants qui privilégieraient la France et par un gouvernement qui a  » tendu sa main à la mafia, et sanctionné le peuple ! » Le gouvernement coalisé avec la mafia et avec un lobby pro-français pour usurper des attributions à un pauvre chef de l’Etat esseulé et innocent de toute ces magouilles ?  Un député du même parti, déclare, solennel, que ce projet de loi de Finances ne reflète pas « les orientations et les choix du Président de la République qui ont été exprimés dans les deux dernières Loi de finances ». Quelles orientations ? Celles qui ont mené le pays à la ruine financière du pays ?

Celles qui, depuis quinze ans, ont privilégié les importations à la production nationale et de suspects « investisseurs » émiratis aux chefs d’entreprises algériens ? Il y a quelque chose à la fois de méprisable et de déshonorant dans cette infâme et grossière tactique d’un groupe redevable au président de quelques strapontins à brouiller la lecture de la scène politique et à nous dresser le portrait surréaliste d’un Bouteflika  » moudjahid jaloux de la souveraineté nationale « ,  » respectueux des lois de la République  » et   » attaché à la légalité républicaine « . Quand Mme Zohra Drif, révoltée par deux articles du projet de la Loi de finances 2016 qu’elle qualifie de « violation caractérisée de la légalité républicaine » et de décisions « contraires à la personnalité du Bouteflika que je connaissais », elle parle de quel président ? Celui qui, en 2004, invalida la candidature de Benflis par  » la justice de la nuit  » et les dobermans ou celui qui imposa le FLN de Saadani en foulant aux pieds le Conseil d’Etat ?

Celui qui tritura la Constitution pour rétablir le pouvoir à vie ou celui qui mit au placard le Haut Conseil de l’Energie afin de mettre Chakib Khelil en position de gestionnaire exclusif du pétrole algérien avec les résultats que l’on sait ? Mais il est vrai qu’à l’époque, la Cour savait dissimuler ses mystères…

Le 25 novembre 2015

Polichinelle, les 19 personnalités pas dupes et l’introuvable « Bouteflika patriote »

Le règne de Bouteflika se termine donc par une comedia del arte : on devait retrouver la dignité  perdue, mais en chemin, on a égaré le président qui devait nous restituer cette dignité perdue. Du coup, avec ce qui leur restait de dignité, dix-neuf d’entre-nous, parmi les plus vaillants, intrigués, disent-ils, par les dernières décisions  de «  renoncement à la souveraineté nationale », d’« abandon du droit de préemption de l’État », de « déliquescence des institutions de l’État », de « grave dégradation de la situation économique et sociale » qui ne sauraient germer dans la tête du président, ont cru reconnaître une main traîtresse qui s’est substituée à celle du président et, le front haut, ont fait le projet de s’introduire au Palais afin de vérifier si le Chef de l’Etat ne serait pas reclus de force, otage de quelques usurpateurs qui dirigeraient le pays en catimini.

En clair, ils cherchent un « Bouteflika patriote » qui n’existe que dans l’imaginaire  de ses adorateurs. « Nous voulons savoir s’il sait ou s’il ne sait pas», martèle Mme Hanoune. Mais il sait, Madame, il sait ! Et vous savez qu’il sait ! Depuis seize ans, nous sommes dans le «  renoncement à la souveraineté nationale », dans l’« abandon du droit de préemption de l’État », dans la « déliquescence des institutions de l’État », depuis seize ans nous vivons la « grave dégradation de la situation économique et sociale » ! La preuve ? En seize ans, Bouteflika n’a pas diminué la dépendance aux hydrocarbures ne dut-ce que d’un pour cent ! Depuis seize ans, il préfère les barons de l’informel aux patrons investisseurs ; depuis seize ans, il marchande la souveraineté nationale contre un soutien pour un mandat supplémentaire… Quand Mme Toumi, qui n’a rien perdu de sa tenace habitude d’embobiner l’opinion par des formules compassées, déclare, catégorique : « Ce n’est pas le président Bouteflika, ce n’est pas son programme, moi je connais le président Bouteflika dont j’ai eu l’honneur de travailler sous les ordres, qui a défendu le droit de préemption en disant que c’est une chose sacrée », elle prend le risque, dans sa quête du secret de Polichinelle, de passer elle-même pour  Polichinelle dont on rappelle qu’il est une personne qui se plaît à faire ou à dire des bouffonneries en société. Mais alors qui a décidé de la déroutante loi sur les hydrocarbures de 2005 par laquelle le pouvoir algérien bradait ses richesses énergétiques au profit des grands groupes pétroliers, autrement que comme un alignement sur les intérêts des grands groupes ?? Quia pris l’initiative de de la cession « en catimini » de l’entreprise Naftal, la filiale de Sonatrach spécialisée dans la distribution des produits pétroliers, au groupe qatari Woqod, et sur laquelle nous reviendron s ?

Cette transaction que s’apprêtait à commettre Chakib Khelil n’était pas seulement une opération blanche pour l’Algérie, elle était foncièrement contraire aux intérêts de l’Algérie.  Notre ancienne ministre était bien en poste à la Présidence quand Bouteflika déroulait le tapis rouge devant l’émirati Shorafa, préféré aux investisseurs algériens ; elle était déjà ministre quand Bouteflika, contre l’avis des cadres algériens,   prenait une décision contraire aux intérêts nationaux en faisant bénéficier l’égyptien  Orascom de la première licence de téléphonie mobile…avec l’argent des banques algériennes. Orascom a acheté la première licence téléphonique algérienne pour moins de 800 millions de dollars, soit un tiers en moins que la licence payée par Méditel au Maroc alors que le PIB par tête des Algériens est deux fois plus élevé que celui des Marocains. Que faisiez-vous, Madame, quand Le Matin dénonçait les agissements de  Sawiris, patron d’Orascom et qui, avec l’argent des banques publiques et privées algériennes, renflouait sa filiale de téléphonie mobile Djezzy comme ses cimenteries ! Que faisiez vous quand il utilisait ce financement algérien pour mieux vendre à Lafarge et entrer dans le capital du groupe français à hauteur de 11,4% ? Eh bien, vous chantiez  la gloire de Sawiris, dans le plus pur style de la bay’a, l’acte par lequel on prête serment au maître du moment, celui qui scelle un lien quasi mystique entre le prince et ses sujets, comme au temps des califes de l’âge d’or où l’on se plaisait, dans de vulgaires joutes poétiques, à rivaliser d’obséquiosité en déclamant des vers grassement payés…..Vous étiez alors ministre de la Communication, et vous vous étiez emporté contre Le Matin coupable d’avoir révélé les dessous de l’affaire Orascom. Une affaire à l’encontre des intérêts nationaux, Madame ! . Souvenez-vous :  pour rétablir l’honneur d’Orascom et de Shorafa, vous étiez allée jusqu’à convoquer des réunions de rédactions des chaînes de radio publique pour exiger des contres enquêtes favorables à Orascom et menaçant dans une conférence de presse de déposer plainte contre Le Matin. Khalida Toumi  avait piqué sa colère pour défendre les plus grands corrupteurs, ses amis et ceux du Président. Elle avait signé un éditorial d’une «contre enquête» diffusée par la radio chaîne III, faite avec le mensonge et avec la pitoyable complicité d’une journaliste de la chaîne III promue un mois plus tard rédactrice en chef. Vous étiez allée si loin, Madame, si loin dans la défense des escrocs venus sucer l’argent du peuple algérien que La chaîne I avait refusé de diffuser une enquête que vous aviez ordonnée et qui blanchissait si grossièrement Orascom et conspuait Le Matin avec une telle hargne que  le directeur et le journaliste ont refusé un montage aussi grotesque..

Tout cela se commettait sous les hautes auspices du président de la République, celui-là dont vous affirmez qu’il «  a défendu le droit de préemption en disant que c’est une chose sacrée »

Les jours ont changé…Entretemps, un journal a été liquidé et son directeur a fait deux ans de prison.

Mais vous, Madame Toumi, avez perdu le crédit ancien. Vous ne pouvez être et avoir été. Vous ne vendrez pas un Bouteflika asptisé,  vierge de ses forfaitures. Il sait tout. Et vous savez qu’il sait.

La tête des généraux

Au soixantième anniversaire de l’insurrection algérienne, racontera-t-on plus tard, débarquèrent à Alger deux juges français venus enquêter sur les chefs de l’armée algérienne. Le pays, alors livré à un homme impotent, se dirigeait vers l’apocalypse, on y agressait les préfets, la corruption se pratiquait à ciel ouvert et les policiers comme les chômeurs manifestaient dans les rues. Quelques voix alarmées se demandaient « Mais que font les généraux ? », un peu comme on dirait « Mais que fait la police ? » parlant d’une maison livrée impunément au pillage d’un groupe de malfaiteurs. Que faisaient les généraux ? Eh bien, en ce 60eanniversaire de l’insurrection où le pays glissait dans l’incertain, ils étaient occupés à sauver leur propre tête ! L’affaire des moines de Tibhirine avait rebondi Eux qui furent si longtemps les maîtres des lieux, ne devenaient plus que de communs justiciables devant un ordre supérieur, basé un peu partout, à La Haye, à Washington, Paris ou Londres, là où l’on s’irrita, un jour, des orgueils mal placés de ce pays à la fois exotique et prétentieux, dont De Marenches, alors chef du SDECE, disait qu’il était « le prolongement naturel de la France » mais qu’on découvrit insolent, à l’image de son président, un certain Zéroual qui, mécontent de propos de son homologue français Jacques Chirac sur l’Algérie jugés discourtois, refusa publiquement de lui serrer la main au siège de l’ONU, à New-York. Nous étions en 1998. Le dit pays exotique, non content de sortir indemne d’une décennie de violence terroriste, arrivait à se remettre debout malgré le terrorisme, le pétrole à son plus bas niveau,parlait de s’engager, le malappris, dans une dans une espèce de voie démocratique et patriotique qui l’aurait rendu incontrôlable et s’était même donné une constitution qui y consacrait l’alternance au pouvoir et l’option démocratique. Bref, un de ces pays chenapans qui oubliait de s’en tenir à son rang et qui allait voir ce qu’il allait voir. Il fallait faire démissionner ce général et ouvrir la voie à un successeur moins sourcilleux sur la souveraineté. Le subterfuge consistait alors à créer le malaise au sein de la hiérarchie militaire de sorte à obtenir son départ de la scène politique. C’était l’époque sanglante des carnages de populations civiles qui, tous, eurent lieu (coïncidence ?) juste après l’adoption de la nouvelle Constitution de 1996 etl’armée était embarrassée par le fameux panel de l’ONU, la commission Soulier, la troïka et toutes ces ONG qui l’incriminaient. Il se profilait un jugement international de quelques chefs militaires. C’est toujours le chantage du jugement international qui bouleverse la stratégie militaire et agit sur l’architecture politique nationale. En été 1998, l’institution militaire annonce qu’elle renonçait à être au centre du système politique et qu’elle allait accélérer le retrait dans les casernes. Liamine Zéroual est poussé à la démission et l’ont fabriqua de toutes pièces le fameux « transfert du pouvoir aux civils ».

Bouteflika s’installait sur les décombres d’une république avortée pendant que les chefs de l’armée faisaient étalage de leur toute récente conversion aux charmes de la neutralité, abusant des convenances de langage jusqu’à s’engager, par la voix de l’ancien chef d’état-major Mohamed Lamari à se soumettre au Président qui sortirait des urnes en 2004, « fût-il islamiste ». Bien entendu, le chef de l’état-major était le dernier à croire à sa propre formule. Elle n’en demeure pas moins maladroite. Il n’est jamais sans douleur d’entendre le chef d’une armée qui meurt au combat contre les intégristes promettre qu’il la mettrait, par légalisme étrange, sous les ordres d’un Président islamiste. Mais tel semble être le prix de la tête des généraux.

La nuit du guerrier Abdelhafidh

Yaha Abdelhafidh

L’été 1962 devait être le plus bel été de sa vie. Abdelhafidh Yaha revenait d’une guerre de sept ans, une guerre pour la liberté et la dignité au peuple algérien. Cette liberté, il croyait l’avoir retrouvée, ce 5 juillet 1962. Mais non ! Ce groupe d’officiers réunis autour de Boumediene et de l’Etat-major général s’était emparé du pouvoir fit de cet été-là, l’été de la déchirure. Le guerrier reprit les armes. Contre les siens, cette fois-ci. Pour la liberté et la démocratie.

Ce soir encore, seul dans son lit, tremblant de douleur et de dépit, à l’heure où d’autres levaient un toast pour l’indépendance, chez Monsieur l’ambassadeur, ce soir encore le guerrier Abdelhafidh a demandé pardon à son peuple. Puis, devant les ébranlements qui s’annonçaient, il chercha refuge dans le sommeil ou dans la mort, sans pouvoir trouver ni l’un ni l’autre. Il résolut alors d’affronter son passé et de garder les yeux ouverts sur ses dépits. Il avait tout donné, sa jeunesse, son exubérance, sa foi, dans ce combat dont il pensait la noblesse partagée par tous. Ils sont comme cela dans la famille : généreux dans l’effort,   entiers dans le devoir, naïfs dans le rapport aux hommes. «Pour nous, les Yaha, entrer dans les rangs de l’insurrection armée, c’était comme épouser une religion. … Corps, âmes et biens. Sans demi-mesure ni calculs.»

Combien de temps faut-il à un guerrier pour expier son péché d’innocence ? Lui ne pensait qu’à tout donner ; les autres qu’à tout prendre. Au bout d’une année, presque tout ce que la famille Yaha possédait de bétail avait servi à nourrir les colonnes de moudjahidine transitant par le village. Au bout de sept ans de guerre, il descendit du maquis vieilli mais plein d’illusions. «   La révolution était notre seule raison de vivre. Nous vivions pour elle. Ce fut ainsi jusqu’à l’indépendance de l’Algérie. Le reste, tout le reste lui importait peu.»

Terrible ingénuité ! Cette indépendance là, l’indépendance sublimée, n’était pas au rendez-vous. Ce fut l’autre, l’indépendance de quelques-uns, qui s’installa par la force du canon. «Ils avaient surgi à la fin de la guerre, des cendres encore brûlantes des combats, pour nous déposséder de nos triomphes, déferlant sur Alger et confisqué l’indépendance au seul profit d’un groupe d’officiers, surnommé le « clan d’Oujda ». Rien de bien original. Le libérateur qui devient despote. On n’établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution mais que l’on fait une révolution pour établir une dictature. Le guerrier Abdelhafidh n’avait pas lu George Orwell.   Il n’avait jamais appris à lire. Dans son hameau de Takhlijt Ath Atsou, sur le flanc du   Djurdjura, il n’y avait pas d’école.

Il n’avait pas appris à calculer non plus.

Alors le guerrier Abdelhafidh reprit le maquis, contre son propre Etat cette fois-ci.

Ce soir où la mort n’est pas venue, ni même le sommeil, pendant qu’ils trinquaient à l’indépendance dans les salons parfumés qui donnent sur Trafalgar Square, Manhattan ou les Champs Élysées, ce soir encore,   à l’heure du champagne et des canapés de caviar, Si Hafidh toujours de cette colère d’un demi-siècle. Qui donc rachèterait les fautes d’un combattant qui ne savait ni lire ni calculer ?   N’avait-il pas suffisamment expié lui qui entama une nouvelle guerre après celle qu’il venait de terminer ? Il avait repris les armes, dans un nouveau maquis, le maquis du Front des forces socialistes. Deux ans à guerroyer contre ses propres compatriotes. Pour l’honneur. L’honneur de millions d’hommes et de femmes qui auront, par son sacrifice, dit « non » à la race des nouveaux maîtres. Il aura été l’un de ces providentiels insouciants qui, devant l’événement, choisissent d’explorer le chemin inconnu que leur dicte leur conscience plutôt que d’arpenter les routes embouteillées des renoncements et des carrières. Le guerrier Abdelhafidh est de cette race d’hommes qui font l’histoire et non la subir.

Il aura su, pour reprendre Camus, sauvegarder, dans la lutte de tous les jours, la chance fragile d’un renouveau. C’est de cet enseignement que nous nous alimentons aujourd’hui. Sans cette salutaire obstination, nous ne vivrions de rien.

La Mission

11 € [Frais d’envois inclus]

 

« La Mission est une satire qui entretient une vision complotiste de la politique. En s’opposant, en dénonçant, en protestant contre un certain ordre social, cette littérature de combat fait œuvre citoyenne. »

(Marie-Joëlle Rupp  – Le Soir d’Algérie)

« Avec ce livre, Mohamed Benchicou marque la campagne de la Présidentielle d’avril 2014 »   (Huffington Post)

«Je m’appelle Johanna !» m’avait-elle dit, alors que je reprenais à peine mes esprits après le langoureux baiser qu’elle venait de me donner. J’avais pensé que c’était à la fois osé pour une première rencontre et diablement surpayé pour le service que je venais de lui rendre. Je n’avais fait, après tout, qu’intercéder entre elle qui désirait un chocolat chaud et Balthazar qui s’entêtait à lui imposer une quiche au fromage de chèvre. Oui, mais Douglas avait découvert qu’elle ne s’appelait pas Johanna mais Tatiana, elle n’était pas Bruxelloise, mais nous venait d’Ukraine, et plus exactement de la ville de Lviv, cité historique connue pour son opéra et pour son enfant terrible : le milliardaire russe Mikhail Fridman, 17e fortune mondiale. Ce milliardaire, enrichi sous l’ère Eltsine, a fait partie de ceux que l’on a surnommés « Les banquiers du Kremlin». (…)

Je n’ai été amené à connaitre Tatiana que parce que l’attaque de Tigantourine est une affaire de fric, de luttes d’influence, de rivalités de pouvoirs, de toutes ces choses que l’on ne voit pas, dont on ne nous parle pas mais qui président à tout.

Même au quatrième mandat du président Bouteflika…

11 € [Frais d’envois inclus]

Journal d’un homme libre

18 € [Frais d’envois inclus]

 

Journal d’un homme libre, ce fut aussi un livre maudit, un livre persécuté : la ministre de la culture algérienne Khalida Toumi (1) l’avait censuré dès sa parution. Il est sorti quand même à Alger clandestinement et, en France, il parut aux éditions Riveneuve.

Mohamed Benchicou y retrace les deux années qui ont suivi sa libération, sa vie en Algérie de juin 2006 à juin 2008 et les multiples rebondissements de la lutte des clans autour du troisième mandat pour Bouteflika, dévoilant les enjeux , les tractations secrètes, les gages donnés aux islamistes, l’implication des puissances occidentales et, notamment, de la France de Sarkozy dont il dénonce avec vigueur la politique étrangère, égratignant au passage Jean Daniel, rédacteur en chef du Nouvel Observateur, quelques uns de nos media nationaux, ainsi que certains de ses confrères algériens.

Mohamed Benchicou éclaire de ses projecteurs la «Joumloukia»(Républimornarchie) démocratique populaire d’«Aligatorie», avec ses notables corrompus, son «Grand Vizir Yazer» (le ministre de l’intérieur Yazid Zerhouni), ses intrigants, «Abdul le Persan» (Abdelaziz Belkhadem, chef du gouvernement de mai 2006 à juin 2008) et «Ahmed P’tit Cobra» (Ahmed Ouyahia, Secrétaire national du Rassemblement Démocratique National, un des partis de la coalition gouvernementale, qui succèdera à A. Belkhadem après l’avoir précédé…) et «son roitelet Kaiser Moulay» (le Président Abdelaziz Bouteflika).

Il nous fait assister au spectacle de la lutte des «Frères Ali Gator» qui occupent le «Territoire» depuis l’indépendance, guerre fratricide entre deux tribus : celles des «Têtes-képi» et des «Têtes-nue». Combat répété et inégal car «c’est la tribu des Têtes-képi qui dirige le territoire, la mer et surtout le désert, à cause des derricks» et si ,«pour sacrifier à la mode démocratique , la tribu des Têtes-képi donne procuration à des Têtes-nue», elle en a «toujours un en réserve», quand l’un d’entre eux tente de s’affirmer…

Et l’auteur dénonce avec virulence la dictature, comme fille du colonialisme et mère de l’intégrisme, pensant que la seule alternative se profilant à terme, pour l’Algérie sera la dictature islamiste ou la démocratie. C’est pourquoi il poursuit son combat pour cette dernière, puisant espoir dans ce peuple qui, excédé, commence, sporadiquement, à renoncer au silence de la peur pour se révolter et crier «barakat !» (ça suffit) , le cri des misérables qui veulent une autre vie.

Le livre est assez long, mais sa lecture est facilitée par la blancheur agréable du papier et la respiration apportée par les nombreux chapitres qui semblent plus correspondre à un souci d’aérer le texte qu’à une rigueur proprement thématique ou même chronologique. Récits circonstanciés et anecdotes touchantes ou amusantes alternent avec diatribes enflammées et incantations, réflexions et citations, sans éviter quelques répétitions.

A l’attrait du contenu, pour qui s’intéresse à la politique et à l’Algérie, s’ajoute celui d’un style littéraire, inhabituel dans ce genre d’exercice. On se laisse prendre à cette prose alliant la verve populaire d’un «gavroche» à un souffle poétique, métaphorique, cultivant de manière récurrente le champ sémantique de l’ombre et de la lumière avec des accents parfois «hugoliens».

Et l’auteur, s’interrogeant sur «le mystère de la connivence» qui le lie aux «gens humbles de sa terre», dont beaucoup ne savent pas lire, revendique cette «langue à lui», ce Français «torsadé» qui lui permet de dire «les espoirs et les rêves» de son peuple grâce aux «paraboles universelles de la poésie».

Dans Journal d’un homme libre, Mohamed Benchicou, «Ami Moh», se veut le «porte-parole des sans voix», de ceux qui sont rejetés dans l’ombre de leur misère, de leur tombeau ou de leur prison.

«On ne sort jamais de prison» lui disaient ses codétenus, mais c’est plutôt l’auteur qui les sort de leur geôle. Leur présence, en effet, l’accompagne physiquement tout au long du livre et il dialogue avec eux , comme avec ces journalistes et ces écrivains assassinés et avec la foule des humbles dont il saisit les mains ou croise le regard.

Car Mohamed Benchicou semble avoir besoin de leur caution pour accomplir sa mission, pour écrire son livre.

Et ce dernier débute ainsi par la scène émouvante de sa sortie de la prison d’El Harrach où il découvre «ces centaines d’hommes aux visages brûlés par les épreuves, ces femmes au regard résolu», qui «l’attendaient depuis l’aube»,venus le remercier «d’avoir payé» en donnant deux ans de sa vie, venus «donner à sa plume l’investiture de la rue et des masses.»

«La plume libre est la fille des hommes sans voix. Eux seuls y ont intérêt, n’ayant rien à gagner de l’obscurité et tout à espérer de la lumière.»

L’avis du site « L’or des livres »

« C’est à la fois le livre d’un journaliste «impertinent» et «porteur de lumière» et celui d’un écrivain mettant en scène la «comédie du pouvoir», avec «ses figurants, ses acteurs principaux et ses souffleurs», «théâtralisant le malheur» en utilisant le «génie de la plèbe algéroise», la «noukta»(l’humour) et «la caricature des despotes» pour s’exonérer de «l’insoutenable déshonneur d’apitoyer». »

Auteur Mohamed Benchicou
Editeur Alger : compte d’auteur ; France : Riveneuve
Date de parution 08/01/2009
ISBN 2914214561
EAN 978-2914214568
Illustration Pas d’illustrations
Nombre de pages 255
18 € [Frais d’envois inclus]

Notre ami Bouteflika

13 € [Frais d’envois inclus]

 

Ouvrage collectif réalisé sur la direction de Mohamed Benchicou. Avec des textes de : Abdelaziz Rahabi, ancien ministre, Djilali Hadjdadj, président de l’Association de lutte contre la corruption, Ali Yahia Abdenour, président de la Ligue des droits de l’Homme,  Hassan Zerrouky, Mustapha Hammouche, Fayçal Metaoui…Dessins de  HIC.

C’est toute l’histoire d’un stratagème, d’une formidable opération de camouflage et de travestissement, orchestrée conjointement par la caste militaire d’Alger, des capitales occidentales – à leur tête Paris – et des monarchies arabes qui, chacune pour ses secrètes ambitions, vont fabriquer de toutes pièces, ce 15 avril 1999, ce personnage factice qui allait duper le monde pendant dix ans, stopper l’élan novateur de la société algérienne et faire le lit d’une kleptocratie, un pouvoir de malfrats, qui dirige aujourd’hui un Etat perverti, vide le pays de sa richesse et se livre aujourd’hui une guerre de gangs. « Janvier 2010, Alger est devenue le Chicago des années 1930 », annoncent d’emblée les auteurs.

« Le chef de la police est abattu dans son bureau. Qui l’a tué ? » « Affaire de clans », dit-on à Alger. Le sang mêlé aux affaires d’argent sale», selon les auteurs qui dénoncent le « détournement de milliards d’euros blanchis dans l’immobilier dans les quartiers chics d’Alger, de Paris et Barcelone ».

« Un Etat voyou ! Comment en est-t-on arrivé là ? », s’interrogent-ils, avant de déplorer que pendant dix ans, le pouvoir algérien a dupé le monde, stoppé l’élan novateur de la société algérienne et faire le lit d’une kleprocratie. « Un pouvoir de malfrats, qui dirige aujourd’hui un Etat perverti, vide le pays de sa richesse et se livre aujourd’hui une guerre de gangs ».

Editeur Riveneuve

Date de parution 07/07/2010

ISBN  9782360130214

EAN   978-2360130214

Illustration : Hicham

Extrait 1

Janvier 2010.

Le chef de la police est abattu dans son bureau.

Qui l’a tué ? « Affaire de clans », dit-on à Alger.

Le sang mêlé aux affaires d’argent sale. Le ministre de l’Énergie, celui des Travaux publics, celui de la Santé, ou encore l’ex-président de l’Assemblée nationale, tous « amis du président », sont gravement mis en cause dans des affaires de détournement de milliards d’euros blanchis dans l’immobilier dans les quartiers chics d’Alger, Paris et Barcelone.

Un Etat voyou !

Comment en-est-on arrivé là ?

C’est toute l’histoire d’un stratagème, d’une formidable opération de camouflage et de travestissement, orchestrée conjointement par la caste militaire d’Alger, des capitales occidentales – à leur tête Paris – et des monarchies arabes qui, chacun pour ses secrètes ambitions, vont fabriquer de toutes pièces, ce 15 avril 1999, ce personnage factice qui allait duper le monde pendant dix ans, stoppé l’élan novateur de la société algérienne et faire le lit d’une kleptocratie, un pouvoir de malfrats, qui dirige aujourd’hui un Etat perverti, vide le pays de sa richesse et se livre à une guerre de gangs.

Extrait 2

Pourquoi un livre sur Bouteflika puisque l’auguste ne fait plus rire et que la salle est vide ?

Parce que cette histoire, ils ne la raconteront pas.

Ou alors, à leur façon.

Ils diront : « C’est ainsi ! C’est le sud… »

Ils expliqueront, la main sur le cœur, en invoquant Dieu et parfois les prophètes, ils expliqueront que Bouteflika, c’est le symbole de l’échec du projet républicain sur la rive sud de la Méditerranée et qu’il nous faut nous résigner à notre impuissance.

Pourtant, il y a dix ans, ils avaient décrété ce qui est bien pour nous.

Un civil à la place d’un pouvoir militaire.

Un civil providentiel, gage de démocratie, d’une République moderne, une République comme on en montre à la télévision justement, avec de belles femmes, la joie de vivre, la souveraineté populaire, le travail pour tous, l’État de droit, le savoir, la culture, l’alternance au pouvoir… La liberté. La liberté de parler, d’aimer, de marcher la nuit, la grâce d’exister…Comme à la télévision. Un président civil et tu passes d’une dictature à une démocratie ! Vraiment ? Mais oui, puisqu’on te le dit !

Les messieurs qui parlent la main sur le cœur, qui invoquent toujours Dieu, parfois les prophètes, ces messieurs puissants ne pouvaient pas mentir et on les a crus…

Extrait 3

Nous sommes en 1998. L’Algérie est en train de se relever, laborieusement mais triomphalement, d’une bataille impitoyable contre le terrorisme islamiste. Le coût en vies humaines est énorme, Les temps sont durs. Le pétrole est à son plus bas niveau. Le pays est boycotté. Les ambassades ont fermé. Les compagnies étrangères ont quitté le territoire. Il n’y a plus d’argent dans les caisses. Mais l’Etat, en dépit de tout, reste debout et n’a pas capitulé devant l’islamisme comme le recommandait la plateforme de Sant Egidio . Le général Liamine Zéroual est élu massivement, et avec enthousiasme, malgré les mises en garde de l’organisation terroriste, le GIA, qui menaçait de s’en prendre aux citoyens qui se rendraient aux urnes. La Constitution est modifiée pour se baser désormais sur le pluralisme et la représentativité, essentiels pour s’engager dans un processus de transition démocratique. Elle abolit le pouvoir à vie et limite le nombre de mandats présidentiels à deux (art.74).

Tout est encore loin d’être parfait. Les élections présidentielles de 1995 peuvent difficilement être créditées des caractères de liberté et d’honnêteté qu’exigent la Constitution et les résolutions des organisations internationales.

Il reste que cette Algérie retrouve goût à la grandeur et courtise la démocratie.

La lutte contre l’intégrisme islamiste a redonné une nouvelle légitimité au combat populaire.

Ce pays qui ose l’intransigeance et dont le président Zéroual refuse de serrer la main à Chirac à Washington, inquiète les lobbies occidentaux et arabes.

Un complot international d’émasculation de l’Algérie va voir le jour, qui va faire démissionner Zéroual et livrer le pays à Abdelaziz Bouteflika.

Il a réussi.

13 € [Frais d’envois inclus]

La parfumeuse

19 € [Frais d’envois inclus]

 

L’histoire d’amour entre un garçon de Tlemcen et une jeune fille de Lorraine qui rêvait de devenir une autre Coco Chanel mais qui restera, dit Mohamed Benchicou, pour nous Algériens, la femme sans laquelle rien n’aurait été possible, ni l’Etoile nord-africaine, ni le PPA, ni tout ce qui est venu après. Bref, une histoire que ne raconteront pas les historiens parce qu’elle échappe à la raison, aux rigueurs de l’esprit et aux chronologies froides.

Emma, la compagne de Messali Hadj, entre dans le roman en fin de vie, victime d’un accident cardio-vasculaire, clouée sur sa chaise, dans un jardin à l’abandon, parlant à son chat, un chat de gouttière recueilli, seule, avec sa fidèle mulâtresse, dans la solitude de sa maison désertée de Bouzaréah, à Alger. Le roman se veut un voyage à la fois émouvant et instructif dans le parcours atypique de cette Lorraine qui sait ce que veut dire «aller au charbon». Il est construit, rythmé sur les trois derniers jours d’Emma de l’hiver 1953 qui cadrent les chapitres eux-mêmes composés de courtes parties dans lesquelles le présent, le passé, l’espoir et le désespoir, la lutte et les trahisons, la vie et la mort, cœur palpitant du récit. Plus qu’une biographie romancée qui, souvent, se plie à la chronologie historique, le récit, par la voix d’Emma, bouleverse le temps entre une succession de courts flash-back mêlant l’histoire intime de ce couple qu’on eût cru étrange, surprenant même, et l’histoire moderne et palpitante d’un pays, l’Algérie qui naît, dans cette union, dans une mansarde d’un quartier pauvre de Paris, Père Lachaise. 1953 : dimanche 20 septembre, mardi 22 septembre et mercredi 23 septembre. Ces trois jours, les derniers d’une vie entièrement vouée à la cause de l’indépendance de l’Algérie, dans ses balbutiements, ses tâtonnements, ses errements au sein de l’Etoile nord-africaine avant de se libérer, prendre son envol, s’affirmer, dans une Europe ravagée par le fascisme, non seulement foncièrement antifasciste et anticoloniale, mais surtout revendicative de la libération de l’Algérie du joug colonial. Le geste paysan de Messali jetant une poignée de terre au dessus de l’assistance, à Alger, début des années 1930, rendu dans sa pleine symbolique par une brève parole prophétique. «Cette terre n’est pas à vendre», a été si puissant par sa symbolique qu’il a frappé les esprits et trouvé sa puissance de frappe dans le texte fondateur du Manifeste du parti du peuple algérien auquel le pharmacien de Sétif, Ferhat Abbas a souscrit, reconnaissant auprès de Messali Hadj ses erreurs quand bien même elles seraient justifiées par Le Contrat social de Rousseau par l’esprit duquel se défend le futur président du GPRA, trahi lui aussi aux premières heures de l’indépendance. Mais cette Etoile, ce «geste fort», ce Manifeste, vidés de leur substantifique moelle, déshumanisés en quelque sorte par l’histoire, morts pour ainsi dire dans les archives, retrouvent dans ce roman leur épaisseur humaine car ils (re)naissent de leurs cendres, dans la passion primesautière de deux exlus de leurs pays respectifs, qui eurent été broyés par la survie alimentaire, exploités comme des forçats, anonymes. Si Emma, une Lorraine élevée dans la suie du charbon paternel, parmi les mineurs maghrébins, si Hadji exilé, débarqué à Paris, de Tlemcen, dans un accoutrement clownesque, l’air gauche, couvant une enfance maladive et tardive, dans cet appartement d’une ancienne amie de la famille du nouvel émigré sans pays, ne s’étaient reniflés, Emma plus que Hadji, à l’ancienne, sans effusion de sentiments, de déclarations d’amour, mais plutôt dans un jeu d’aimantation secret, irrésistible, de leurs territoires respectifs qui ne font qu’un, fait d’exploitation, de misère, d’exclusion, mais aussi d’une prise de conscience aiguë de cette condition infra humaine qui n’est point une fatalité. Mais ils ne sont pas venus à l’histoire dans un duo à armes égales, comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Aragon et Elsa, Bachir et Lucette Hadj-Ali (mais qui sait en l’absence de leur vérité enfouie dans leur vie secrète respective ?) Si le roman historique humanise, histoire des trajectoires de leaders, d’icônes, de chefs charismatiques, il les révèle, aussi, à rebours de leur mythe.

Un roman attachant, vrai, dans lequel Messali Hadj n’est pas qu’un personnage historique. Il revit dans un territoire féminin, celui d’Emma et dans un autre territoire tout aussi féminin : l’indépendance de l’Algérie. Il revient, 50 ans après l’indépendance du 5 juillet 1962 qu’il réclamait 40 ans plus tôt, emboîtant le pas à l’ancêtre Belaïd dans Le Mensonge de Dieu, dont il semble partager la sentence : se battre pour la patrie, garantit-il la liberté ? Sur le plan purement esthétique, l’évolution des évocations d’Emma va d’une épaisseur émotionnelle remarquable de densité à une sorte de chroniques épistolaires dans lesquelles l’histoire reprend ses droits.

La Parfumeuse, la vie occultée de Madame Messali Hadj » est une biographie romancée du journaliste et écrivain Mohamed Benchicou consacrée à la femme du père du nationalisme algérien Messali Hadj, Émilie Busquant déjà présente dans son roman « Le Mensonge de Dieu »

Combien d’Algériens connaissent-ils Émilie Busquant ? Combien savent-ils qu’Emilie Busquant fut l’épouse de Messali Hadj, tenu pour être le père du nationalisme algérien, qu’elle est considérée comme la mère du drapeau algérien ? Dans les manuels scolaires, dans l’Histoire officielle, Émilie Busquant n’existe pas. Tout comme était banni son mari pendant des années de cette Histoire lui qui n’obtiendra sa nationalité algérienne qu’en 1965, trois après l’indépendance du pays. DNA publie les bonnes feuilles du roman de Mohamed Benchicou consacré à Émilie Busquant.

C’est à la vie de cette femme, de cette amante, de cette mère de deux enfants, de cette lorraine d’origine devenue militante de la cause algérienne que s’est intéressé le journaliste et écrivain Mohamed Benchicou pour en tirer un roman-enquête au titre « La Parfumeuse, la vie occulte de Madame Messali Hadj« .

Fille d’un mineur et syndicaliste en Lorraine (nord-est de la France), vendeuse au rayon « Parfumerie et objets pour dames » aux Magasins Réunis, l’un des plus anciens magasins de parfumerie à Paris, Émilie Busquant rencontre Messali Hadj en octobre 1923.

Lui, travaillant comme manœuvre à l’usine de la rue de Vitruve, avait 24 ans, elle 22 ans. Entre eux, du moins pour Messali Hadj, ce fut le coup de foudre immédiat.

De cette française qui tissa les fils de sa vie avec le jeune homme originaire de Tlemcen, Messali Hadj dira dans ses Mémoires qu’ »elle était née dans une région de France fiévreuse révolutionnaire et patriotique à la fois et avait partagé avec les membres de sa famille le sort d’un prolétariat exploité et humilié »

La vie de celle que Mohamed Benchicou surnomme « La Parfumeuse » se confondra avec le militantisme de son mari. Émilie participera avec Messali Hadj, Amar Imache et Salah Bouchafa et bien d’autres militants algériens à la création de l’Etoile Nord-africaine (ENA) à Paris en 1926, le premier mouvement nationaliste à revendiquer l’indépendance de l’Algérie alors colonie française depuis 1830.

Elle rédigera avec son mari le Mémoire de l’Etoile destiné à la Société des Nations en janvier 1930, participera à de nombreuses manifestations en Algérie et en France et organisera la défense de Messali pour ses nombreux procès en 1934, en 1937, en 1939 ou en 1941.

C’est Émilie Busquant qui coudra en 1929, à Tlemcen, le premier drapeau algérien, avec le tissu blanc et vert, le croissant et l’étoile aux couleurs rouges. Mais les historiens divergent sur cet épisode de l’histoire et certains doutent qu’elle soit la mère du drapeau d’Algérie. Pas Mohamed Benchicou. « Ce drapeau, écrit Benchicou dans La Parfumeuse…, elle l’avait voulu aux couleurs de cette organisation nationaliste révolutionnaire à laquelle elle avait déjà pensé chez Gégène, un parti qui soit à cheval sur la Révolution française, la Commune et l’islam : le rouge des insurgés de 1789 et du sang des communards, du Maghreb aussi, le vert et le croissant de l’islam

Dans un style narratif assez classique, gorgé d’aller-retour entre le présent (1953, l’année de sa mort) et le passé (les années folles du combat et de l’amour), Mohamed Benchicou aborde subtilement plusieurs problématiques à travers le parcours d’Emilie. La condition de la femme y tient une place importante, notamment par le biais du conservatisme anecdotique qui marquait le Paris des années 1920, mais aussi une certaine misogynie qui prédominait au sein même du PPA : «La postérité est une affaire d’hommes, presque jamais de femmes !»

Cela nous rappelle surtout qu’hormis quelques-unes, les femmes ayant combattu le colonisateur ont été non seulement oubliées mais aussi trahies par ce qu’allait devenir l’Etat indépendant dont les lois consacraient la misogynie et l’infériorisation du «sexe faible». La filtration de l’Histoire est également mise en cause dans ce roman qui déterre un personnage passionné et passionnant si injustement enseveli par le récit officiel. Enfin, on a l’occasion de découvrir Messali sous un autre jour : cet homme austère et dégageant une aura de patriarche nous est présenté comme un garçon amoureux, timide et fébrile.

«La Parfumeuse» est à la fois violent et doux, revendicatif sans en donner l’air, douloureux et extatique ; il se vêtit d’un  étendard multicolore où l’amour devient indissociable de la soif de liberté et où la vérité est toujours subjective. On retiendra, malgré quelques longueurs et redon-dances, un aspect esthétique irrésistible distillé dans des figures de style et des envolées lyriques très savoureuses. On se souviendra surtout de cette belle phrase d’Emilie, interrogée sur com- ment elle imaginait l’indépendance :

«Je l’imaginais aussi insolente qu’un  mollet de femme… ou une toile de Chagall… ou une cuite avec Henri Miller à La Coupole !»

19 € [Frais d’envois inclus]

Bouteflika : une imposture algérienne

20 € [Frais d’envois inclus]

 

Comment ne pas penser à L’Automne du patriarche de Garcia Marquez, où est décrit te monde de la dictature à la sud-américaine ? Cupidité, soif maladive du pouvoir, abus sexuels, telles sont les caractéristiques du pouvoir des tyrans. Mais dans ce document, nous sommes bien loin de la cocasserie et de la jubilation du roman colombien. Peut-être qu’à l’avenir, ce livre prendra une dimension burlesque s’agissant des aventures de « L’enfant adultérin d’un système grabataire et d’une démocratie violée ». Pour l’heure, il a des résonances tragiques,’car il s’agit de l’avenir et de la dignité nationale de l’Algérie. Plus qu’une charge contre Abdelaziz Bouteflika, L’auteur établit une chronique du temps perdu dans la recherche d’un destin national digne des innombrables sacrifices du pays.

Il dénonce avec force autant l’arlequin transformé en héros que le système, porté par des parrains aux biographies falsifiées, qui l’a mis sur scène.
Ce livre a le courage du combat mené à visage découvert. Mohamed Benchicou ne s’attaque pas à un prince déchu. Il brandit la braise de son indignation morale et de sa colère de citoyen à la face du « maître » de l’heure, tandis que ce dernier se réclame de l’amitié des puissants de ce monde, de la légitimité d’un scrutin tronqué, use de la puissance persuasive des milliards d’une cagnotte nationale détournée et de la force dissuasive d’une justice réduite au triste rôle de geôlier auxiliaire. Oui, ce livre est véhément et sans concessions ! Mais il est surtout précis et documenté. Il repose sur des écrits, des témoignages et des documents indiscutables car authentiques.

Auteur  Mohamed Benchicou

Editeur  Le Matin/Picollec

Date de parution     24/03/2004

Format  16cm x 24cm

ISBN   2864772086

EAN    978-2864772088

Nombre de pages 244

20 € [Frais d’envois inclus]