Les geôles d’Alger

Les geôles d’Alger

13 € [Frais d’envois inclus]

 

Nul doute que le lecteur découvrira avec effarement le misérable traquenard tendu à Mohamed Benchicou à l’aéroport d’Alger, pour lui imputer une infraction au contrôle des changes et en faire un délinquant de droit commun. Ubuesque montage ! Rien ne tenait. Aucun juge digne de ce nom ne pouvait avaliser la grossière mascarade. Mais une expérience séculaire démontre qu’une magistrature vautrée trouve toujours dans son sein les canailles prêtes à se prostituer au pouvoir pour obtenir quelque promotion. De ce point de vue, le récit qu’on va lire atteint à un triste comique courtelinesque avec les affres du peu honorable procureur Bouzid annonçant à Benchicou, au gré des successifs et contradictoires coups de téléphone reçus en sa présence de divers ministères, qu’il dormira le soir même en prison ou retrouvera au contraire sa femme et ses enfants. Plus infamante pour les juges que pour les prévenus, une condamnation à deux ans de prison sanctionnera Mohamed Benchicou. Dans la foulée, le pouvoir liquidait le Matin et mettait ses locaux en vente. «Aujourd’hui encore, écrit magnifiquement son fondateur directeur, je pense que sa disparition dans l’honneur apporte plus à la cause de la liberté qu’une existence dans l’indignité.»

On dira que le journal l’avait bien cherché. C’est vrai. Sa manie de dénoncer les tortures perpétrées, parfois sur des adolescents, par la police ou la gendarmerie, avec cette circonstance aggravante que les poursuites en diffamation échouaient tant les faits étaient avérés… sa continuelle prise à parti d’affairistes et de corrompus que les juges les plus bienveillants échouaient à blanchir… «Porter la plume dans la plaie» : ainsi Albert Londres définissait-il le devoir du journaliste. Les plaies ne manquent pas sur le corps de la malheureuse Algérie et le Matin les fouaillait avec alacrité et insolence, sans aucun souci de prudence (« l’ivresse indomptable du jeteur de pavé », avoue Mohamed Benchicou). C’est sans doute ce qui lui valait l’adhésion d’un lectorat aussi large.

L’impardonnable fut la publication, à la veille de la seconde élection présidentielle que devait remporter Abdelaziz Bouteflika grâce à une remarquable manipulation de ses opposants, d’un pamphlet écrit par Mohamed Benchicou et sobrement intitulé Bouteflika, une imposture algérienne . L’auteur décida que son brûlot serait imprimé et distribué en Algérie. Il raconte ici comment il réussit l’exploit remarquable de tromper toutes le polices, pourtant sur les dents. C’était une grande première au Maghreb. Car si des livres peu amicaux pour le roi Hassan II et le dictateur tunisien Ben Ali avaient déjà été publiés, leurs auteurs étaient français et les ouvrages étaient imprimés en France ( ah ! L’immense gène de ces auteurs quand leurs compatriotes, peu au fait des réalités maghrébines, les félicitaient avec émotion pour leur «courage»… ils savaient bien, eux, ne risquer dans l’aventure ni leur vie, ni leur liberté, alors que, sur l’autre rive de la Méditerranée, leurs confrères payaient au tarif le plus élevé le prix du vrai courage.)

Mohamed Benchicou se serait- il borné à évoquer la vie de son journal et la sienne, d’ailleurs indissolublement liées, que son écrit serait déjà amplement justifié. Mais il nous donne, avec les geôles d’Alger, un témoignage de beaucoup plus vaste ampleur. Dépassant avec générosité ses vicissitudes personnelles, il jette un coup de projecteur sur l’Algérie d’aujourd’hui, celle dont parle si rarement la presse internationale. Son champ d’observation ? Le terrible pénitencier d’El-Harrach, où il purgea sa peine, construit par la France qui y enfermait ses rebelles, utilisés par tous les gouvernements algériens ultérieurs, notamment le colonel Boumedienne, qui en fit un centre de torture renommé. Toujours et partout, la prison est un microcosme révélateur de l’état réel d’une société. Impossible, par exemple, de comprendre les Etats-Unis d’aujourd’hui si l’on ignore leur innombrable population carcérale et le décompte de cette population selon la couleur de la peau, l’origine sociale, le degré d’éducation, et le revenu moyen. El-Harrach, qui dresse ses hauts murs dans la banlieue d’Alger, sert de dépotoir à une jeunesse saccagée, privée de toute espérance, à des prisonniers qui, faute de pouvoir verser au juge le bakchich salvateur, croupissent dans des geôles innommables et à qui sont refusés les soins les plus élémentaires.

Auteur Mohamed Benchicou
Editeur INAS/Riveneuve
Date de parution 10/11/2007
ISBN 2914214316
EAN 978-2914214315
13 € [Frais d’envois inclus]

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