La parfumeuse

La parfumeuse

19 € [Frais d’envois inclus]

 

L’histoire d’amour entre un garçon de Tlemcen et une jeune fille de Lorraine qui rêvait de devenir une autre Coco Chanel mais qui restera, dit Mohamed Benchicou, pour nous Algériens, la femme sans laquelle rien n’aurait été possible, ni l’Etoile nord-africaine, ni le PPA, ni tout ce qui est venu après. Bref, une histoire que ne raconteront pas les historiens parce qu’elle échappe à la raison, aux rigueurs de l’esprit et aux chronologies froides.

Emma, la compagne de Messali Hadj, entre dans le roman en fin de vie, victime d’un accident cardio-vasculaire, clouée sur sa chaise, dans un jardin à l’abandon, parlant à son chat, un chat de gouttière recueilli, seule, avec sa fidèle mulâtresse, dans la solitude de sa maison désertée de Bouzaréah, à Alger. Le roman se veut un voyage à la fois émouvant et instructif dans le parcours atypique de cette Lorraine qui sait ce que veut dire «aller au charbon». Il est construit, rythmé sur les trois derniers jours d’Emma de l’hiver 1953 qui cadrent les chapitres eux-mêmes composés de courtes parties dans lesquelles le présent, le passé, l’espoir et le désespoir, la lutte et les trahisons, la vie et la mort, cœur palpitant du récit. Plus qu’une biographie romancée qui, souvent, se plie à la chronologie historique, le récit, par la voix d’Emma, bouleverse le temps entre une succession de courts flash-back mêlant l’histoire intime de ce couple qu’on eût cru étrange, surprenant même, et l’histoire moderne et palpitante d’un pays, l’Algérie qui naît, dans cette union, dans une mansarde d’un quartier pauvre de Paris, Père Lachaise. 1953 : dimanche 20 septembre, mardi 22 septembre et mercredi 23 septembre. Ces trois jours, les derniers d’une vie entièrement vouée à la cause de l’indépendance de l’Algérie, dans ses balbutiements, ses tâtonnements, ses errements au sein de l’Etoile nord-africaine avant de se libérer, prendre son envol, s’affirmer, dans une Europe ravagée par le fascisme, non seulement foncièrement antifasciste et anticoloniale, mais surtout revendicative de la libération de l’Algérie du joug colonial. Le geste paysan de Messali jetant une poignée de terre au dessus de l’assistance, à Alger, début des années 1930, rendu dans sa pleine symbolique par une brève parole prophétique. «Cette terre n’est pas à vendre», a été si puissant par sa symbolique qu’il a frappé les esprits et trouvé sa puissance de frappe dans le texte fondateur du Manifeste du parti du peuple algérien auquel le pharmacien de Sétif, Ferhat Abbas a souscrit, reconnaissant auprès de Messali Hadj ses erreurs quand bien même elles seraient justifiées par Le Contrat social de Rousseau par l’esprit duquel se défend le futur président du GPRA, trahi lui aussi aux premières heures de l’indépendance. Mais cette Etoile, ce «geste fort», ce Manifeste, vidés de leur substantifique moelle, déshumanisés en quelque sorte par l’histoire, morts pour ainsi dire dans les archives, retrouvent dans ce roman leur épaisseur humaine car ils (re)naissent de leurs cendres, dans la passion primesautière de deux exlus de leurs pays respectifs, qui eurent été broyés par la survie alimentaire, exploités comme des forçats, anonymes. Si Emma, une Lorraine élevée dans la suie du charbon paternel, parmi les mineurs maghrébins, si Hadji exilé, débarqué à Paris, de Tlemcen, dans un accoutrement clownesque, l’air gauche, couvant une enfance maladive et tardive, dans cet appartement d’une ancienne amie de la famille du nouvel émigré sans pays, ne s’étaient reniflés, Emma plus que Hadji, à l’ancienne, sans effusion de sentiments, de déclarations d’amour, mais plutôt dans un jeu d’aimantation secret, irrésistible, de leurs territoires respectifs qui ne font qu’un, fait d’exploitation, de misère, d’exclusion, mais aussi d’une prise de conscience aiguë de cette condition infra humaine qui n’est point une fatalité. Mais ils ne sont pas venus à l’histoire dans un duo à armes égales, comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Aragon et Elsa, Bachir et Lucette Hadj-Ali (mais qui sait en l’absence de leur vérité enfouie dans leur vie secrète respective ?) Si le roman historique humanise, histoire des trajectoires de leaders, d’icônes, de chefs charismatiques, il les révèle, aussi, à rebours de leur mythe.

Un roman attachant, vrai, dans lequel Messali Hadj n’est pas qu’un personnage historique. Il revit dans un territoire féminin, celui d’Emma et dans un autre territoire tout aussi féminin : l’indépendance de l’Algérie. Il revient, 50 ans après l’indépendance du 5 juillet 1962 qu’il réclamait 40 ans plus tôt, emboîtant le pas à l’ancêtre Belaïd dans Le Mensonge de Dieu, dont il semble partager la sentence : se battre pour la patrie, garantit-il la liberté ? Sur le plan purement esthétique, l’évolution des évocations d’Emma va d’une épaisseur émotionnelle remarquable de densité à une sorte de chroniques épistolaires dans lesquelles l’histoire reprend ses droits.

La Parfumeuse, la vie occultée de Madame Messali Hadj » est une biographie romancée du journaliste et écrivain Mohamed Benchicou consacrée à la femme du père du nationalisme algérien Messali Hadj, Émilie Busquant déjà présente dans son roman « Le Mensonge de Dieu »

Combien d’Algériens connaissent-ils Émilie Busquant ? Combien savent-ils qu’Emilie Busquant fut l’épouse de Messali Hadj, tenu pour être le père du nationalisme algérien, qu’elle est considérée comme la mère du drapeau algérien ? Dans les manuels scolaires, dans l’Histoire officielle, Émilie Busquant n’existe pas. Tout comme était banni son mari pendant des années de cette Histoire lui qui n’obtiendra sa nationalité algérienne qu’en 1965, trois après l’indépendance du pays. DNA publie les bonnes feuilles du roman de Mohamed Benchicou consacré à Émilie Busquant.

C’est à la vie de cette femme, de cette amante, de cette mère de deux enfants, de cette lorraine d’origine devenue militante de la cause algérienne que s’est intéressé le journaliste et écrivain Mohamed Benchicou pour en tirer un roman-enquête au titre « La Parfumeuse, la vie occulte de Madame Messali Hadj« .

Fille d’un mineur et syndicaliste en Lorraine (nord-est de la France), vendeuse au rayon « Parfumerie et objets pour dames » aux Magasins Réunis, l’un des plus anciens magasins de parfumerie à Paris, Émilie Busquant rencontre Messali Hadj en octobre 1923.

Lui, travaillant comme manœuvre à l’usine de la rue de Vitruve, avait 24 ans, elle 22 ans. Entre eux, du moins pour Messali Hadj, ce fut le coup de foudre immédiat.

De cette française qui tissa les fils de sa vie avec le jeune homme originaire de Tlemcen, Messali Hadj dira dans ses Mémoires qu’ »elle était née dans une région de France fiévreuse révolutionnaire et patriotique à la fois et avait partagé avec les membres de sa famille le sort d’un prolétariat exploité et humilié »

La vie de celle que Mohamed Benchicou surnomme « La Parfumeuse » se confondra avec le militantisme de son mari. Émilie participera avec Messali Hadj, Amar Imache et Salah Bouchafa et bien d’autres militants algériens à la création de l’Etoile Nord-africaine (ENA) à Paris en 1926, le premier mouvement nationaliste à revendiquer l’indépendance de l’Algérie alors colonie française depuis 1830.

Elle rédigera avec son mari le Mémoire de l’Etoile destiné à la Société des Nations en janvier 1930, participera à de nombreuses manifestations en Algérie et en France et organisera la défense de Messali pour ses nombreux procès en 1934, en 1937, en 1939 ou en 1941.

C’est Émilie Busquant qui coudra en 1929, à Tlemcen, le premier drapeau algérien, avec le tissu blanc et vert, le croissant et l’étoile aux couleurs rouges. Mais les historiens divergent sur cet épisode de l’histoire et certains doutent qu’elle soit la mère du drapeau d’Algérie. Pas Mohamed Benchicou. « Ce drapeau, écrit Benchicou dans La Parfumeuse…, elle l’avait voulu aux couleurs de cette organisation nationaliste révolutionnaire à laquelle elle avait déjà pensé chez Gégène, un parti qui soit à cheval sur la Révolution française, la Commune et l’islam : le rouge des insurgés de 1789 et du sang des communards, du Maghreb aussi, le vert et le croissant de l’islam

Dans un style narratif assez classique, gorgé d’aller-retour entre le présent (1953, l’année de sa mort) et le passé (les années folles du combat et de l’amour), Mohamed Benchicou aborde subtilement plusieurs problématiques à travers le parcours d’Emilie. La condition de la femme y tient une place importante, notamment par le biais du conservatisme anecdotique qui marquait le Paris des années 1920, mais aussi une certaine misogynie qui prédominait au sein même du PPA : «La postérité est une affaire d’hommes, presque jamais de femmes !»

Cela nous rappelle surtout qu’hormis quelques-unes, les femmes ayant combattu le colonisateur ont été non seulement oubliées mais aussi trahies par ce qu’allait devenir l’Etat indépendant dont les lois consacraient la misogynie et l’infériorisation du «sexe faible». La filtration de l’Histoire est également mise en cause dans ce roman qui déterre un personnage passionné et passionnant si injustement enseveli par le récit officiel. Enfin, on a l’occasion de découvrir Messali sous un autre jour : cet homme austère et dégageant une aura de patriarche nous est présenté comme un garçon amoureux, timide et fébrile.

«La Parfumeuse» est à la fois violent et doux, revendicatif sans en donner l’air, douloureux et extatique ; il se vêtit d’un  étendard multicolore où l’amour devient indissociable de la soif de liberté et où la vérité est toujours subjective. On retiendra, malgré quelques longueurs et redon-dances, un aspect esthétique irrésistible distillé dans des figures de style et des envolées lyriques très savoureuses. On se souviendra surtout de cette belle phrase d’Emilie, interrogée sur com- ment elle imaginait l’indépendance :

«Je l’imaginais aussi insolente qu’un  mollet de femme… ou une toile de Chagall… ou une cuite avec Henri Miller à La Coupole !»

19 € [Frais d’envois inclus]

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