Journal d’un homme libre

Journal d’un homme libre

18 € [Frais d’envois inclus]

 

Journal d’un homme libre, ce fut aussi un livre maudit, un livre persécuté : la ministre de la culture algérienne Khalida Toumi (1) l’avait censuré dès sa parution. Il est sorti quand même à Alger clandestinement et, en France, il parut aux éditions Riveneuve.

Mohamed Benchicou y retrace les deux années qui ont suivi sa libération, sa vie en Algérie de juin 2006 à juin 2008 et les multiples rebondissements de la lutte des clans autour du troisième mandat pour Bouteflika, dévoilant les enjeux , les tractations secrètes, les gages donnés aux islamistes, l’implication des puissances occidentales et, notamment, de la France de Sarkozy dont il dénonce avec vigueur la politique étrangère, égratignant au passage Jean Daniel, rédacteur en chef du Nouvel Observateur, quelques uns de nos media nationaux, ainsi que certains de ses confrères algériens.

Mohamed Benchicou éclaire de ses projecteurs la «Joumloukia»(Républimornarchie) démocratique populaire d’«Aligatorie», avec ses notables corrompus, son «Grand Vizir Yazer» (le ministre de l’intérieur Yazid Zerhouni), ses intrigants, «Abdul le Persan» (Abdelaziz Belkhadem, chef du gouvernement de mai 2006 à juin 2008) et «Ahmed P’tit Cobra» (Ahmed Ouyahia, Secrétaire national du Rassemblement Démocratique National, un des partis de la coalition gouvernementale, qui succèdera à A. Belkhadem après l’avoir précédé…) et «son roitelet Kaiser Moulay» (le Président Abdelaziz Bouteflika).

Il nous fait assister au spectacle de la lutte des «Frères Ali Gator» qui occupent le «Territoire» depuis l’indépendance, guerre fratricide entre deux tribus : celles des «Têtes-képi» et des «Têtes-nue». Combat répété et inégal car «c’est la tribu des Têtes-képi qui dirige le territoire, la mer et surtout le désert, à cause des derricks» et si ,«pour sacrifier à la mode démocratique , la tribu des Têtes-képi donne procuration à des Têtes-nue», elle en a «toujours un en réserve», quand l’un d’entre eux tente de s’affirmer…

Et l’auteur dénonce avec virulence la dictature, comme fille du colonialisme et mère de l’intégrisme, pensant que la seule alternative se profilant à terme, pour l’Algérie sera la dictature islamiste ou la démocratie. C’est pourquoi il poursuit son combat pour cette dernière, puisant espoir dans ce peuple qui, excédé, commence, sporadiquement, à renoncer au silence de la peur pour se révolter et crier «barakat !» (ça suffit) , le cri des misérables qui veulent une autre vie.

Le livre est assez long, mais sa lecture est facilitée par la blancheur agréable du papier et la respiration apportée par les nombreux chapitres qui semblent plus correspondre à un souci d’aérer le texte qu’à une rigueur proprement thématique ou même chronologique. Récits circonstanciés et anecdotes touchantes ou amusantes alternent avec diatribes enflammées et incantations, réflexions et citations, sans éviter quelques répétitions.

A l’attrait du contenu, pour qui s’intéresse à la politique et à l’Algérie, s’ajoute celui d’un style littéraire, inhabituel dans ce genre d’exercice. On se laisse prendre à cette prose alliant la verve populaire d’un «gavroche» à un souffle poétique, métaphorique, cultivant de manière récurrente le champ sémantique de l’ombre et de la lumière avec des accents parfois «hugoliens».

Et l’auteur, s’interrogeant sur «le mystère de la connivence» qui le lie aux «gens humbles de sa terre», dont beaucoup ne savent pas lire, revendique cette «langue à lui», ce Français «torsadé» qui lui permet de dire «les espoirs et les rêves» de son peuple grâce aux «paraboles universelles de la poésie».

Dans Journal d’un homme libre, Mohamed Benchicou, «Ami Moh», se veut le «porte-parole des sans voix», de ceux qui sont rejetés dans l’ombre de leur misère, de leur tombeau ou de leur prison.

«On ne sort jamais de prison» lui disaient ses codétenus, mais c’est plutôt l’auteur qui les sort de leur geôle. Leur présence, en effet, l’accompagne physiquement tout au long du livre et il dialogue avec eux , comme avec ces journalistes et ces écrivains assassinés et avec la foule des humbles dont il saisit les mains ou croise le regard.

Car Mohamed Benchicou semble avoir besoin de leur caution pour accomplir sa mission, pour écrire son livre.

Et ce dernier débute ainsi par la scène émouvante de sa sortie de la prison d’El Harrach où il découvre «ces centaines d’hommes aux visages brûlés par les épreuves, ces femmes au regard résolu», qui «l’attendaient depuis l’aube»,venus le remercier «d’avoir payé» en donnant deux ans de sa vie, venus «donner à sa plume l’investiture de la rue et des masses.»

«La plume libre est la fille des hommes sans voix. Eux seuls y ont intérêt, n’ayant rien à gagner de l’obscurité et tout à espérer de la lumière.»

L’avis du site « L’or des livres »

« C’est à la fois le livre d’un journaliste «impertinent» et «porteur de lumière» et celui d’un écrivain mettant en scène la «comédie du pouvoir», avec «ses figurants, ses acteurs principaux et ses souffleurs», «théâtralisant le malheur» en utilisant le «génie de la plèbe algéroise», la «noukta»(l’humour) et «la caricature des despotes» pour s’exonérer de «l’insoutenable déshonneur d’apitoyer». »

Auteur Mohamed Benchicou
Editeur Alger : compte d’auteur ; France : Riveneuve
Date de parution 08/01/2009
ISBN 2914214561
EAN 978-2914214568
Illustration Pas d’illustrations
Nombre de pages 255
18 € [Frais d’envois inclus]

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